Dans plusieurs communes de France, des familles alertent les autorités de santé : leurs enfants développent des cancers. Des amis de leurs enfants aussi. De la Charente-Maritime à la Loire-Atlantique, les parents, organisés en collectifs, réclament des études environnementales et des réponses à leurs questions.

Le jeune Eliott et ses parents
Le jeune Eliott et ses parents © Radio France / Lucien Lefebvre

"Trois amis de nos enfants sont tombés malades en quatre ans". C'est le terrible constat que fait Fabienne Pierre, membre de l'association "Avenir, santé, environnement", basée à Saint-Rogatien (Charente-Maritime).
"Saint -Rogatien est une petite commune de 2000 habitants avec une petite école et une seule classe par niveau. Automatiquement les enfants se connaissent bien. Donc là, l'interrogation était encore plus forte de se dire: qu'est ce qui se passe?" , poursuit la mère de famille, qui a déménagé depuis.

La maladie est toujours injuste, en particulier quand elle touche des enfants.  Les patients ou leurs proches se demandent souvent : pourquoi moi ? Pourquoi nous ?
Mais ce qui se passe à Saint-Rogatien, près de la Rochelle, interpelle.
Entre 2008 et 2016, 8 cas de cancers pédiatriques ont été officiellement recensés dans cette petite commune et dans la commune voisine de Périgny.
Depuis, d'autres enfants ont développé la maladie. 

Pauline, 15 ans, originaire de Saint-Rogatien, est morte d'un cancer.
Pauline, 15 ans, originaire de Saint-Rogatien, est morte d'un cancer. © Radio France / Julie Pietri

Les familles s'inquiètent. Elles ont alerté les autorités de santé. Elles ont lancé un collectif. Elles financent elles-mêmes des études pour découvrir la, ou plutôt les causes, de ces cancers. 

A Saint-Rogatien, "Terre saine", les familles veulent savoir pourquoi leurs enfants tombent malades
A Saint-Rogatien, "Terre saine", les familles veulent savoir pourquoi leurs enfants tombent malades © Radio France / Julie Pietri

"Je ne cherche pas à trouver un coupable. Je cherche à mettre en avant ce qui se passe autour de chez nous. Mais pas du tout un coupable", explique Franck, 32 ans. ll habite Vérines, à dix minutes de route de Saint-Rogatien.
Son fils Eliott, 4 ans aujourd'hui, est en rémission. Il y a deux ans, il a déclaré un sarcome d'Ewing, une forme rare de cancer des os. Son père s'interroge sur les causes de ce cancer.

Saint-Rogatien n'est pas la seule commune française où il y aurait un nombre élevé de cancers chez les enfants.
À Sainte-Pazanne près de Nantes.
Aux Rousses dans le Haut-Jura.
À Pont-de-l'Arche dans l'Eure.
A chaque fois, ce sont les parents des petits malades qui saisissent les agences régionales de santé.
Ils veulent savoir si des facteurs environnementaux pourraient avoir contribué au déclenchement de ces cancers : pollution industrielle, épandage de pesticides par exemple. 

"Les ARS [agences régionales de santé, NDRL] ont très peu de moyens humains, très peu de moyens financiers", avance Sandrine Josso, députée centriste de Loire-Atlantique, rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur l'évaluation des politiques publiques de santé environnementale.
"Il y a une volonté de s'intéresser aux causes des cancers pédiatriques. Mais les moyens sont limités" 

Déterminer les causes de ces cancers pédiatriques demande du temps et l'apparition d'un cancer est souvent multifactorielle.
Mais le combat de ces familles a le mérite de bousculer les autorités sanitaires et les politiques.

"Cancers pédiatriques : l'environnement en question", c'est un reportage de Julie Pietri, Lucien Lefebvre et Martin Troadec.

IMPORTANT: il y a en France, 2200 enfants nouvellement atteints chaque année par un cancer.  Ils sont plus de 80% à survivre au bout de 5 ans.

Réalisation Violaine Ballet, assistée de Martine Meyssonnier.
Mixage: Claude Niort.
Documentation: Sabine Bonamy.

Programmation musicale:
ANSATZ Igarka                                                                               
VARIERAS Direct sunlight III                                                         
AUDIOROOM A toy in the head                                                   
TRIFOUILLE 1er Nostalimbus                                                       
VOYOU Il neige                                                                              
A. SYLVESTRE Petite Musique au fond d’un coquillage
HAAGE Eli bienvenue                                                                      
CHLOE The waiting room

Pour aller plus loin

Aller plus loin (bonus audio)

Le laboratoire Toxseek, basé dans l'Oise, s'est spécialisé en santé environnementale. Il dépiste près de 1800 polluants organiques ainsi que 49 métaux et travaille actuellement avec plusieurs collectifs d'associations. A Sainte-Pazanne, Saint-Rogatien, ou aux Rousses, dans le Haut-Jura, des cheveux d'enfants malades ou décédés ont été prélevés. A Sainte-Pazanne notamment, des métaux particuliers, les terres rares, ont été retrouvés dans ces échantillons de cheveux.
Même si la littérature scientifique manque encore, Toxseek avance une hypothèse : ces métaux, associés à des champs électromagnétiques, pourraient jouer un rôle dans l'apparition des cancers.
Matthieu Davoli est l'un des fondateurs du groupe Toxseek. Il détaille les résultats obtenus et l'hypothèse mise sur la table au micro de Julie Pietri.

4 min

Mathieu Davoli

Par Julie Pietri

Le Docteur Nouredine Sadeg est pharmacologue, toxicologue et directeur du comité scientifique de Toxseek.
Il précise pourquoi l'étude des cheveux l'intéresse particulièrement.

2 min

Nouredine Sadeg

Par Julie Pietri
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