Il y aurait en France 200 000 personnes travaillant pour les plateformes numériques du type Uber, Deliveroo, Lime... Ces travailleurs disposent d'une grande souplesse dans l'organisation de leur temps de travail. Mais leurs droits sociaux sont réduits au minimum.

Un rechargeur de trottinettes à Paris
Un rechargeur de trottinettes à Paris © AFP / Nicolas Guyonnet / Hans Lucas

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"J'aime bien le travail et quand j'ai vu ces opportunités là, j'ai foncé", dit d'emblée Christophe, 27 ans.  

Christophe est un travailleur multi-tâches et multi-casquettes. Il a été livreur chez Deliveroo et chez son concurrent Uber Eats. Il est aujourd'hui "juicer", chargeur de trottinettes électriques en bon français. 

"Au début j'ai commencé par la livraison avec Deliveroo. Il y a beaucoup de travail avec ces applications", explique le jeune homme. "Si vraiment vous voulez travailler, ces sociétés-là vous donnent votre chance. Je n'ai aucune contrainte. Je me lève le matin, si j'ai envie de me connecter je me connecte. Si je n'ai pas envie, je ne me connecte pas".

Christophe a adopté le statut d'auto-entrepreneur. C'est la règle si l'on veut travailler pour ces plateformes numériques.

Travailler pour ces plateformes a des avantages, notamment une grande souplesse dans l'organisation de son temps de travail.  Mais il y a aussi de gros désavantages: pas d'assurance-chômage, pas de congés payés, les accidents du travail et les maladies professionnelles ne sont pas couverts. Or certaines tâches, comme livrer un repas à vélo, peuvent être hautement accidentogènes. Et en cette période de crise sanitaire, les livreurs n'ont jamais cessé de travailler, y compris pendant le confinement, s'exposant ainsi au COVID 19.  

"Un certain nombre de travailleurs de ces plateformes-là sont dans la même condition que les prolétaires du 19ème siècle et les travailleurs à la tâche", dénonce Karim Amellal, auteur de "la Révolution de la servitude : pourquoi l'ubérisation est l'ennemie du progrès social". 

"Un peu comme les dockers d'il y a un siècle et demi en attente d'un travail à la journée dans des conditions de précarité qui dépassent l'entendement".

Un rapport rédigé par trois sénateurs Les Républicains préconise de renforcer la protection sociale des travailleurs des plateformes. Mais cette initiative, comme d'autres auparavant, se heurte au lobbying des plateformes et aussi, il faut bien le dire, aux attentes d'une société désormais habituée à se faire livrer n'importe quel produit en un clic. Ce qui nous renvoie à notre propre responsabilité de consommateur.  

"Le vrai enjeu c'est de récréer des mécanismes de sécurité et dans ce domaine-là il est plus que temps d'accélérer les choses", dit d'ailleurs Vincent Champain, cadre dirigeant et président de l'Observatoire du long-terme.

Il y aurait en France, selon l'Institut Montaigne, 200 000 personnes travaillant pour les plateformes numériques, soit 0,8% des actifs occupés.  Cela reste une forme d'emploi très minoritaire, par rapport au salariat qui est la norme en France, mais ce nouveau type de travail interroge sur l'évolution de notre société.  

"Les nouveaux boulots 2.0", c'est un reportage de Vanessa Descouraux, diffusé une première fois en septembre 2019.  
Réalisation Violaine Ballet, assistée de Martine Meysonnier.

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