Des bienfaits aux excès de la culture du bien-être, des atouts du travail sur soi à ses dérives, le reportage dresse l’inventaire d’un phénomène de société en pleine effervescence.

Coaching sportif
Coaching sportif © Radio France / Romain Masson

Injonction au bonheur :  des bienfaits aux excès de la culture du bien-être

Dix ans après avoir déferlé sur les États-Unis, le développement personnel (DP) et la culture du bien-être sont en train de s’emparer de la France. Ce n’est plus une tendance, c’est une façon de vivre qui se propage et se banalise. Les ventes d’applications et de livres de DP ne cessent de croître et connaissent un succès grandissant. Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une,  l'ouvrage de Raphaëlle Giordano, publié en 2017, a dépassé les deux millions d’exemplaires, soit le deuxième roman le plus vendu l’année dernière en France, derrière Guillaume Musso mais devant Marc Lévy.

Dans l’édition, le rayon “développement personnel” des librairies représente 53 millions d’euros de chiffre d’affaire (source : Centre National du Livre). Dans le même temps, cours, stages, ateliers de méditation, de yoga (plus de trois millions de pratiquants en France), ou programmation neurolinguistique (PNL) et techniques de coaching aux domaines toujours plus vastes, se développent un peu partout. Simultanément, les salles où se pratiquent des sports extrêmes comme le crossFit ne désemplissent pas, les pratiques alimentaires alternatives et toujours plus saines se multiplient. De la rigueur, de la discipline et un effort intensif qui se voit !

Mais ces pratiques sont-elles l’alpha et l’oméga du bonheur ? Quel est l’envers du décor, derrière la quête d’épanouissement personnel et le lâcher prise ? Ici, l’individu décide de prendre soin de lui-même, souvent indépendamment de tout avis médical, et expérimente de nouvelles voies, qui peuvent parfois être dangereuses. D’après la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), le bien-être sous toutes ses formes est un des domaines particulièrement sujet au risque de dérives sectaires. En 2016, plus de 40 % des signalements concernaient le développement d’offres trompeuses dans le domaine de la santé et du bien-être (rapport d’activité annuel 2016 et premier semestre 2017, remis le 22 mars 2018). 

Mieux vivre avec soi et avec les autres 

C'est sans doute aujourd’hui la formule qui résume le mieux le succès des activités de bien-être et de développement personnel, bien au-delà des réticences et des critiques qu’elles attisent.  Si chez leurs adeptes, elles suscitent l’adhésion à un ensemble de pratiques et de règles généralement assez douces, qui s’accompagne de bienveillance envers soi-même, autrui et la société toute entière, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles n’ont pas bonne presse en France. Tout au moins dans le camp des intellectuels en général, et de la psychanalyse en particulier.  Des produits dérivés de la méthode Coué, des formules et des recettes pour vendre du bonheur pas cher qui peut rapporter gros, des pseudo-thérapies hasardeuses. Ses détracteurs lui reprochent, pêle-mêle, la faiblesse de son corpus théorique, la formation douteuse de ses animateurs, ou encore de promouvoir abondamment l’idée selon laquelle il suffit d’y croire fort pour que ça marche. Au pays de Descartes et de Lacan, de l’ironie et du pessimisme, la chose n’a rien d’étonnant. Dénoncées par les uns et encensées par les autres, les pratiques de DP et de ses corollaires suscitent des avis tranchés. Le DP et la culture du bien-être sont-ils seulement des pratiques individualistes et bobos ? Pas sûr que cela soit si simple ! S’agit-il alors d’un nouvel eldorado florissant ou d’une « nouvelle religion » et d’un nouveau mantra ? 

Entre bien-être et manipulation, éléments de réponse avec ce reportage en immersion pour en découvrir certaines pratiques, par exemple dans le tout nouvel espace de "bien-être" Sayya ou à la librairie Almora à Paris, questionner des acteurs, ausculter les vraies et les fausses promesses et interroger un phénomène de société.     

Pour vivre heureux, vivons coachés, un reportage de Romain Masson, prise de son, Nicolas Mathias. Réalisation, Michelle Soulier, assistée de Stéphane Cosme. 

Pour aller plus loin

Le bonheur est une attitude politique- Article de Christian Ruby du 29 mai 2018, sur le site Non fiction.

Sois bien, et tais-toi- Article de Marie Maurisse du 26 octobre 2016 sur le site du quotidien Le Temps.

Le bonheur est-il obligatoire ?- Article de Martine Fournier en 2010 sur le site de  la revue Sciences Humaines.

L’entreprise-providence et la maladie du bonheur- Article d'Éric-Jean Garcia du 14 janvier 2018 sur le site Les Échos.

Le bonheur en entreprise : progrès ou arnaque ? - Article de Fabien Soyez du 24 août 2017 sur le site de la revue Socialter.

Comment la vie et le bonheur sont devenus des modes d'emploi- Article de Sophie Péters du 17 mai 2014 sur le site de La Tribune.

Faut-il être heureux ?- Cycle de conférences organisé par la Faculté de théologie protestante, la Faculté de philosophie et la Faculté des sciences de la vie - Une vidéo réalisée par la Faculté de théologie de Strasbourg, 5 mars 2018.

Votre meilleur ami, c’est vous- Livre de Claire Mizzi et Dr Céline Tran, aux Éditions L’Iconoclaste.

Du bien-être au marché du malaise, la société du développement personnel- Livre de Nicolas Marquis, aux Presses Universitaires de France.   

Comment la méditation peut rendre plus heureux - Article de Sevin Rey publié dans Le Figaro du 12 décembre 2017.

Psychologie. Tout est-il bon dans la méditation ?- ​Article paru dans Courrier International​, le 16 mai 2018.

La compassion, l’autocompassion : pour traverser et transformer les épreuves - Article paru dans The Conversation, le 8 octobre 2017.

Rapport annuel d’activitéde la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. 

Les étonnantes vertus de la méditation- Film documentaire réalisé par Benoît Laborde, produit par ARTE France. 

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.