Alors qu'en l'an 2000, l'entrée de l'extrême-droite au gouvernement autrichien avait entraîné des sanctions européennes, la coalition droite / extrême-droite au pouvoir depuis fin 2017 semble avoir rendu l'extrême-droite présentable aux yeux des Etats Européens. Un changement d'époque.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz et le vice-chancelier Heinz Christian Strache à Vienne le 4 décembre 2018
Le chancelier autrichien Sebastian Kurz et le vice-chancelier Heinz Christian Strache à Vienne le 4 décembre 2018 © Maxppp / EPA/Christian BRUNA

C'était il y a 19 ans, en février 2000. Le FPÖ, le parti d'extrême-droite de Jörg Haïder, faisait son entrée au gouvernement autrichien, dans une coalition avec les conservateurs. Aussitôt l'Union Européenne adoptait des sanctions provisoires. Elle demandait notamment à ses autres Etats membres de rompre leurs relations bilatérales avec l'Autriche.  

C'était il y a 19 ans, autant dire une éternité tant la situation en Europe a changé en vingt ans.
L'Autriche est à nouveau gouvernée par une coalition droite / extrême-droite depuis décembre 2017, sous la houlette du chancelier chrétien-démocrate Sebastian Kurz.
Cette fois-ci, l'Europe n'a pas bronché: aucune sanction et des condamnations du bout des lèvres. Il faut dire que la droite populiste est au pouvoir dans trois autres pays européens: la Hongrie, la Pologne et l'Italie.  
"L’Autriche s’est retrouvée très tôt avec un parti populiste d’extrême-droite au gouvernement", rappelle le journaliste autrichien Robert Treichler, de l'hebdomadaire Profil. "Il y avait eu des sanctions contre l’Autriche parce que l’extrême-droite faisait partie du gouvernement. Entre temps, la politique européenne a beaucoup changé", poursuit le journaliste.
"Car dans de nombreux autres pays européens, les partis de la droite populiste ont émergé et grandi. On a vu que nous ne pouvions pas empêcher cette évolution. L’Autriche a joué en quelque sorte le rôle, peu reluisant, de pionnière".   

Aujourd'hui, le gouvernement autrichien applique de fait une politique de préférence nationale: le droit d'asile est restreint, les demandeurs d'asile ne peuvent plus être embauchés comme apprentis. Les expulsions d'étrangers sont en hausse.
Une politique appliquée à la lettre dans les municipalités gérées par l'extrême-droite, comme à Wels dans le nord de l'Autriche.
"On exige des étrangers qui viennent d’arriver qu’ils apprennent l’allemand", s'emporte Marina Wetzlmaier, éducatrice à Wels.
"Mais en même temps, la ville de Wels leur propose très peu de cours de langue. Il faut qu’ils aillent dans la ville de Linz à 50 km d’ici pour suivre des cours qu’ils doivent payer eux-mêmes !"  

La politique menée par le gouvernement autrichien, même si elle est globalement approuvée par la population, suscite des crispations. Tous les jeudis à Vienne, des milliers de militants associatifs et des simples citoyens manifestent leur désapprobation.
Malgré ces manifestations hebdomadaires, le chancelier Sebastien Kurz bénéfice toujours d'une belle côte de popularité.  

"Autriche: union des droites, victoire de l'extrême", c'est un reportage de Yann Gallic et Ollivia Brangé.
Réalisation: Violaine Ballet, assistée de Stéphane Cosme.

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