Chaque année, environ millle Françaises se rendent en Espagne, en Belgique, ou dans d'autres pays européens pour faire congeler leurs ovocytes. Ces femmes, majoritairement célibataires, souhaitent ainsi préserver leur fertilité, dans l'espoir d'une grossesse future.

Dans une clinique de Madrid, où des femmes viennent faire congeler leurs ovocytes
Dans une clinique de Madrid, où des femmes viennent faire congeler leurs ovocytes © Radio France / Faustine Calmel

Anne-Sophie* a 38 ans.  Elle a choisi de faire congeler ses ovocytes dans une clinique de Madrid.
"J'aimerais mettre toutes les chances de mon côté pour un jour avoir le choix d'avoir un enfant ou pas", explique cette Parisienne, actuellement célibataire.  
"Depuis que j'ai décidé de faire congeler mes ovocytes, je me sens mieux. Et j'ai fêté mes 38 ans ! Sans cela, je n'aurais jamais fait de fête. Je me serais enfermée chez moi et j'aurais attendu que ça passe !"  

Comme Anne-Sophie, environ mille Françaises se rendent chaque année en Belgique, en Espagne ou dans d'autres pays européens pour congeler leurs ovocytes.
Ces femmes, majoritairement célibataires, souhaitent ainsi préserver leur fertilité, en attendant de rencontrer le futur père de leurs enfants. Elles ont souvent le même profil : elles sont diplômées et viennent d'un milieu plutôt aisé.  Il faut débourser au minimum 2500 euros pour faire vitrifier ses ovocytes.  
"C'est un combat contre le déclin de la fertilité", explique Dominique Mehl, sociologue, directrice de recherches au CNRS, spécialiste des questions de PMA (procréation médicalement assistée). "Les femmes disent qu'elles luttent ainsi contre le diktat de l'horloge biologique, c'est le mot qu'elles emploient".  

L'auto-conservation des ovocytes est actuellement autorisée en France mais uniquement pour les femmes qui ont des problèmes de fertilité, ou qui suivent un traitement médical lourd susceptible d'altérer leur fertilité, ou bien encore qui ont fait don de leurs ovocytes.
Mais cela va bientôt changer car dans le cadre du projet de loi sur l'ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes, le gouvernement souhaite aussi autoriser la congélation des ovocytes. Le texte sera soumis au vote des députés d'ici l'été prochain.  

Si les médecins y sont en grande partie favorables, beaucoup soulignent quand même que la congélation des ovocytes n'est pas une assurance-bébé infaillible. "_La raison pour laquelle cette technique n'est pas très fiable, c'est qu'_un ovocyte ne donne que 4,5% de chances d'avoir un bébé chez une femme jeune", explique le professeur Jean-Philippe Wolf, du service de biologie de la reproduction de l’hôpital Cochin à Paris. "Donc congeler ses ovocytes c'est bien, mais vous voyez combien d'ovocytes il faut congeler pour avoir une chance raisonnable d'avoir un bébé". "Il y a toujours des gens pour faire miroiter des solutions, mais ce n'est pas du tout une garantie, il faut que les femmes le sachent".  

D'un point de vue éthique, des élus s'interrogent aussi.  Ne risque-t-on pas d'arriver à certaines extrémités comme aux Etats-Unis où des grands groupes subventionnent la congélation des ovocytes de leurs salariées, pour qu'elles puissent se consacrer à leur carrière ? C'est la crainte de Xavier Breton, député les Républicains, et président de la mission parlementaire d'information sur la révision des lois de bioéthique.  

Mais en septembre dernier, le Comité Consultatif National d'Ethique s'est prononcé en faveur de l'autorisation de la congélation des ovocytes pour toutes les femmes sous réserve d'établir une limite d'âge maximale (et minimale). Les députés eux se prononceront d'ici l'été prochain.   

Faustine Calmel a suivi une Française de 38 ans dans son périple en Espagne.  
Prise de son : Raymond Albouy.
Réalisation : Violaine Ballet.

* (le prénom a été modifié, NDLR)

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