À l'automne dernier, un vent révolutionnaire a soufflé sur la Pologne. Des milliers de femmes et d'hommes sont descendus dans la rue pour dénoncer la quasi interdiction du droit à l'avortement.

Manifestation pour les droits des femmes à Varsovie le 8 mars 2021
Manifestation pour les droits des femmes à Varsovie le 8 mars 2021 © AFP / Wojtek Radwanski

On a compté jusqu'à 100 000 manifestants à Varsovie. Il y a même eu des rassemblements dans les bastions du parti ultra-conservateur au pouvoir.
Le parti Droit et Justice, le PiS, gouverne la Pologne depuis 2015.
En octobre, le Tribunal Constitutionnel, dont les juges ont été nommés par le PiS, a limité drastiquement le droit à l'avortement, qui était déjà l'un des plus restreints au monde.
Cette décision est entrée en vigueur en début d'année.
Désormais, une femme n'a plus le droit d'avorter si le fœtus présente de graves malformations, même s'il n'est pas viable.
L'avortement ne reste légal que si la vie de la mère est en danger ou si la grossesse est le résultat d'un viol ou d'un inceste.  

Cette nouvelle atteinte aux droits des femmes a ulcéré la société polonaise, pourtant encore très largement catholique et conservatrice.
Les jeunes, d'ordinaire peu politisés, se sont joints aux manifestants, transformant la Grève des Femmes en mouvement anti-gouvernemental.  
"C’était nouveau de voir autant de jeunes", explique Klementyna Suchanow, l'une des fondatrices du mouvement Grève des femmes.
"Pour vous qui venez de France, je pourrais comparer cela au mouvement de Mai 68. La mentalité polonaise change à toute vitesse depuis l’automne dernier. C’est vraiment incroyable!. Une nouvelle nation est née."

Klementyna Suchanow, l'une des fondatrices de Strajk Kobiet, le Mouvement de la Grève des femmes, ici dans son bureau à Varsovie le 10 mai 2021
Klementyna Suchanow, l'une des fondatrices de Strajk Kobiet, le Mouvement de la Grève des femmes, ici dans son bureau à Varsovie le 10 mai 2021 © Radio France / Marie-Pierre Vérot

D’une certaine manière, on peut dire que ce qui s’est passé à l’automne dernier, c’est la fin de l’homo sovieticus polonais. 

"Quelque chose est mort et quelque chose de nouveau est né.  C’est un moment de transformation. En 1989, ce fut une transformation du système politique, et là c’est une transformation profonde des mentalités." 

La créativité des manifestants, l'humour des slogans, leur côté très cru aussi, ont frappé les observateurs. Ce mouvement de l'automne 2016 a été novateur à bien des égards. Le collectif de photographes APP, Archive of Public Protests, créé par Rafal Milach pour documenter les manifestations en Pologne a édité un journal de la grève, photos et slogans à brandir dans les cortèges. 

Rafal Milach et Alicja Lesiak tiennent des pages de leur "journal" de la grève
Rafal Milach et Alicja Lesiak tiennent des pages de leur "journal" de la grève © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Plus globalement, cette jeunesse polonaise veut sortir du carcan imposé par l'Eglise catholique.
Elle s'empare de nombreux sujets liés à la famille, à la sexualité, à la défense de l'environnement.

Des "loups" occupent une partie de la forêt des Bieszczady pour protester contre les coupes forestières et les atteintes à l'environnement
Des "loups" occupent une partie de la forêt des Bieszczady pour protester contre les coupes forestières et les atteintes à l'environnement © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Avec l'espoir de vivre un jour dans un pays plus tolérant.  "On a en Pologne l'image d'une Eglise catholique qui nous a libéré du communisme", avance une jeune militante pour l'environnement rencontrée dans la forêt de Bieszczady.  
"Mais aujourd'hui les nouvelles générations sont très déçues de l'engagement politique de cette Eglise catholique."   

Deux jeunes militants font la promotion de l'apostasie devant un stand qui dénonce les crimes de l'église catholique, à Cracovie le 9 mai 2021
Deux jeunes militants font la promotion de l'apostasie devant un stand qui dénonce les crimes de l'église catholique, à Cracovie le 9 mai 2021 © Radio France / Maarie-Pierre Vérot

Résultat : on assiste aujourd'hui à un mouvement d'apostasies. De jeunes Polonais renoncent publiquement à la religion catholique et demandent la révocation de leur baptême.
Le phénomène est encore très limité. Mais il inquiète l'épiscopat et derrière lui, le parti au pouvoir.   

Une société civile en ébullition qu'analysent pour nous Filip Pazderski, chercheur à l'Institut des Affaires Publiques à Varsovie et Adam Bodnar, défenseur des droits en sursis, l'une des dernières institutions indépendantes de Pologne.

"Quand la jeunesse bouscule la société polonaise", c'est un reportage de Marie-Pierre Vérot et Alexandre Abergel.
Réalisation: Violaine Ballet assistée de Martine Meyssonnier.
Documentation : Eléonore Lanoe.

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