Il y a tout juste trois ans, l'armée irakienne, les peshmergas kurdes et les milices chiites, appuyés par la coalition internationale, lançaient la bataille de Mossoul, pour reprendre la ville aux djihadistes de l'organisation Etat Islamique. Trois ans plus tard, une lente reconstruction est en cours.

Dans la Vieille-Ville de Mossoul
Dans la Vieille-Ville de Mossoul © Radio France / Aurélien Colly

Alors que l'Irak est secouée actuellement par d'importantes manifestations contre la corruption et le chômage, Interception vous emmène ce matin à Mossoul, dans le nord du pays.  

Mossoul, la sunnite, est pour l'instant épargnée par ces rassemblements, qui se concentrent dans la capitale Bagdad, et dans le sud du pays, à majorité chiite.  Il faut dire que Mossoul est en plein reconstruction.

Il y a trois ans, le 17 octobre 2016, l'armée irakienne, les peshmergas kurdes et des groupes paramilitaires chiites lançaient l'assaut final contre les djihadistes de Daesh, avec l'appui aérien de la coalition internationale, dont faisaient partie la France et les Etats-Unis.  
Ces forces aux intérêts divergents se sont alliées pour déloger l'organisation Etat Islamique de la deuxième ville d'Irak.
L'enjeu était militaire et symbolique: c'est à Mossoul qu'Abou Bakr Al-Baghdadi avait proclamé son califat en 2014.  
La bataille a duré 9 mois. Elle fut particulièrement violente: des milliers de morts civils, 900 000 personnes déplacées, une ville détruite aux deux-tiers. Jamais, depuis la bataille de Stalingrad pendant la seconde guerre mondiale, un combat urbain n’avait fait autant de dégâts ni duré aussi longtemps.  
Clara Vaz, de l'agence de l'ONU pour le déminage (UNMAS) raconte: "Chaque rue, chaque infrastructure, chaque immeuble que l’on a inspecté contenait des engins explosifs et nombre de ces bâtiments avait été piégés, conformément à la politique de terre brûlée menée par Daesh. S’ils ne pouvaient pas garder un bâtiment ou un terrain, personne ne devait l’avoir."

Quand la bataille de Mossoul s'est achevée en juillet 2017, la ville était un tas de ruines et la population divisée comme jamais, entre ceux qui avaient soutenu les djihadistes et ceux qui en avaient été les victimes.  
Deux ans et demi plus tard, où en est la reconstruction de Mossoul? Elle avance, mais lentement.
Si la vie a repris son cours dans les quartiers Est de Mossoul, rien de tel de l'autre côté du Tigre.  
Le fleuve sépare la ville en deux et de part et d'autre, l'atmosphère est radicalement différente.
L'Est redécouvre la culture et la musique, comme une revanche sur Daesh.
L'Ouest est encore sous les gravats. Les destructions y ont été bien plus importantes qu'à l'Est. L'aéroport de Mossoul n'a toujours pas été reconstruit. Deux ponts sur cinq seulement ont rouvert.
Deux ans et demi après la libération de Mossoul, 300.000 de ses habitants s'entassent toujours dans des camps de déplacés, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

L'autre enjeu, essentiel, est celui de la réconciliation entre les communautés. Mossoul est une ville à majorité sunnite, en conflit larvé avec les forces de sécurité, dominées par les chiites.  
Il y a des conflits aussi entre sunnites. En 2014, certains ont accueilli les djihadistes de Daesh les bras ouverts. D'autres ont tenté de s'y opposer.
Les minorités chrétiennes et yézidies ont été persécutées par Daesh, elles hésitent encore à revenir s'installer à Mossoul.
Ces divisions profondes fracturent la société.
"L’Etat actuellement est en train de rééditer l’injustice qui a précédé l’arrivée de Daesh", avance, pessimiste, Abou Abou Baker Kannan Bachir, le directeur de la communauté sunnite dans la province de Ninive. 

"Mossoul, réconcilier et reconstruire" c'est un reportage d'Aurélien Colly avec une prise de son signée Eric Audra.
Réalisation : Violaine Ballet assistée de Martine Meyssonnier.

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