Pour les femmes victimes de violences conjugales, porter plainte est souvent une épreuve supplémentaire. Policiers pas formés, parole mise en doute, minimisation des faits... Malgré le nombre record de féminicides en France, nos institutions tardent à mieux recueillir les victimes.

Un collectif de femmes placarde des affiches dans les les rues de Paris pour interpeller les passants sur les féminicides en France.
Un collectif de femmes placarde des affiches dans les les rues de Paris pour interpeller les passants sur les féminicides en France. © Radio France / Vanessa Descouraux

Lucie a 35 ans. Elle a été battue par son ex compagnon. Elle a eu des bleus sur tout le corps et 15 jours d'ITT.
Elle est amère aussi car la plainte qu'elle a déposée contre son agresseur n'aboutit à rien.
"Moi je dis [aux enquêteurs, NDRL] 'je m'excuse de ne pas être morte'. J'aurais très bien pu. Là peut-être j'aurais été prise au sérieux. Et encore...

Ces mots sont terribles. Ils résument bien le mur contre lequel se heurtent les femmes victimes de violences conjugales.  
Le mur de nos institutions. Police, gendarmerie, justice qui les entendent peut-être mais ne les écoutent pas.
"Moi j'ai trop vu dans les dossiers des situations où on demandait aux femmes de supporter", déplore Anne Bouillon, avocate au barreau de Nantes, spécialiste du droit des femmes.
"On leur demande de serrer les dents. Ou de ne rien dire parce que cela porterait préjudice évidemment à leur conjoint mais aussi aux enfants. 'Pensez aux enfants madame parce qu'ils n'ont pas mérité ça'. Ce discours culpabilisant à l'endroit des femmes n'est plus acceptable."  

Les chiffres sont là pour nous montrer cette défaillance collective.  De janvier à mi-octobre, il y a eu en France 121 féminicides. Soit autant que dans toute l'année 2018.  Par comparaison en Espagne, il y a eu sur cette même période, 47 féminicides.  
Nos voisins espagnols ont pris le problème à bras le corps dès le début des années 2000.  
Ils ont débloqué un milliard d'euros sur cinq ans pour notamment former les forces de l'ordre, les magistrats et les personnels soignants.  

En France, le Premier ministre Edouard Philippe a lancé un Grenelle des violences conjugales le 3 septembre dernier.  
Depuis des groupes de travail cherchent des solutions pour vaincre ce "mal français".    
Le gouvernement rendra ses arbitrages à la fin du processus le 25 novembre mais il est d'ores et déjà question d'améliorer l'accueil des femmes victimes dans les commissariats.  

Car le dépôt de plainte est trop souvent une épreuve supplémentaire : minimisation des faits, manque de psychologie des forces de l'ordre voire remise en cause du témoignage des femmes.
"C'est vrai que quand on convoque l'agresseur dans les services de police, c'est souvent quelqu'un qui présente bien, qui va donner des arguments et qui bien sûr va reporter la culpabilité sur la compagne", explique Chrystèle Cheval, brigadière au bureau d'aide aux victimes au commissariat de Nantes.

Dans ce reportage, Vanessa Descouraux est allée à la rencontre des femmes victimes de violences conjugales.
Elles racontent les difficultés à porter plainte. Les policiers réticents. Les enquêtes qui n'aboutissent pas. Les maris qu'on n'éloigne pas.  
Nous entendrons aussi une policière qui a été formée à l'accueil des victimes et cela fait toute la différence.  
Nous découvrirons aussi les coulisses du portail de signalement des violences sexistes et sexuelles mis en place il y a tout juste un an.  
Si le nombre de féminicides en France est effrayant, on assiste enfin à une prise de conscience de nos institutions.  

"Violences conjugales, l'épreuve de la plainte", c'est un reportage de Vanessa Descouraux.  
Emission réalisée par Sonia Leyglene assistée de Martine Meyssonnier.  

Pour aller plus loin

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.