Sept mois après la double explosion dans le port de Beyrouth, le Liban s'enfonce dans une crise protéiforme, à la fois politique, sanitaire, économique, et monétaire.

Un manifestant proteste contre le troisième confinement le 28 janvier dernier à Tripoli (nord du Liban)
Un manifestant proteste contre le troisième confinement le 28 janvier dernier à Tripoli (nord du Liban) © AFP / Jospeh Eid

"Qui a fait rentrer le nitrate d’ammonium au Liban ? Qui a fermé les yeux à Beyrouth ? Qui a tué 210 personnes ? On vient demander la vérité, on vient demander l’égalité ! Personne n’est au-dessus de la loi!" Les mots se bousculent dans la bouche de cette mère de famille. Des mots et de la rage. Six mois après la double explosion qui a ravagé le port de Beyrouth, des proches de victimes sont venus réclamer justice. Justice pour les morts et les milliers de blessés. 

Cette double explosion a été provoquée par l'incendie d'une grande quantité de nitrate d'ammonium, stockée sans mesure de précaution dans le port de Beyrouth depuis 2013. Depuis, la classe politique dans son ensemble se défausse de ses responsabilités. 

Ce drame a mis à genoux un pays qui était déjà au bord de l'effondrement. Depuis l'été 2019, le Liban s'enfonce dans une crise économique et monétaire. Autrefois surnommé "la Suisse du Moyen-Orient", il est aujourd'hui en défaut de paiement. Notamment parce que la Banque Centrale du Liban a mené une politique monétaire douteuse. Résultat aujourd'hui: les Libanais n'ont plus accès à leur épargne en dollars. La livre libanaise a perdu 80% de sa valeur face au dollar. Plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. "Moi, tout ce que j’avais fait comme économie est parti en fumée. Ce qui était supposé n’être que des jours sombres devient des années. A ce stade, on dépense dix fois plus que ce qu’on gagne", explique un habitant de Tripoli, dans le nord du pays. 

La crise est aussi politique. Le Liban n'a pas de gouvernement depuis six mois. Les différents partis, qu'ils soient sunnites, chiites proches du Hezbollah, druzes ou chrétiens, n'arrivent pas à s'entendre sur la répartition des postes, sur fond de guerre d’influence entre l’Iran et la Syrie d'une part, l'Arabie Saoudite et les pays occidentaux d'autre part.. "De temps en temps il y a des élections, on a des députés, des ministres, des juges etc... mais tout ça c'est pour faire bien, c'est tout", ironise l'économiste Charbel Nahas, qui dirige le mouvement Citoyens et citoyennes dans un Etat. 

A cela s'ajoute, comme un coup de grâce, l'épidémie de COVID. Le pays en est à son troisième confinement, le nombre de contaminations s'envole depuis janvier, le secteur hospitalier public et privé est débordé. 

"Liban, un pays à bout de souffle", c'est un reportage d'Aurélien Colly, l'envoyé spécial permanent de Radio France au Liban.

Réalisation : Violaine Ballet, assistée de Martine Meyssonnier. Documentation : Sabine Bonamy

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