La romancière Franco tunisienne prend la défense de l'écrivain algérien Kamel Daoud accusé de relayer des idées « islamophobes ». Selon elle, il "dérange le confortable angélisme sur l'islam et les musulmans". Elle est l'invitée de Léa Salamé.

Vous avez publié une tribune dans Jeune Afrique pour prendre la défense de l’écrivain Kamel Daoud. Pourquoi avoir pris la plume ?

Parce que c’est une voix dont nous avons besoin. Sa tribune pose des problèmes sur l’islamophobie. Critiquer les musulmans, cela vaut d’être taxé d’islamophobie ? Est-ce qu’il faut une sociologie de salon ? Quelle est la relation entre l’intellectuel magrébin et l’intelligentsia française ?

On reprend les faits : Kamel Daoud publie une tribune « Cologne, lieux de fantasmes », en réponse, un collectif de 19 chercheurs l’accuse de recycler les clichés orientalistes. Il a été blessé, il a décidé de renoncer au journalisme. Il a bien fait ?

Il n’aurait pas dû. Il fallait qu’il continue. De toutes manières il avait une fatwa dans son pays. Maintenant il est l’objet d’une fatwa laïque.

Ce n’est pas une fatwa laïque, quand il écrit, il sait qu’il va susciter des critiques.

[Sa tribune pose] un vrai débat de société. Je pense qu’il y a des postures à changer, des discours à inventer pour que la question musulmane, la question gêne, soit posée. Nous sommes en train d’assister à l’installation de l’honorabilité de l’islamisme en France.

Vous avez l’impression qu’il y a une omerta sur l’islam en France ?

Oui […]. Les Arabes ont besoin de dire : nous existons et de dire mea culpa. Je défends l’islam qui sort […] de la théorie des complots.

Vous comprenez les critiques qui disent que cela contribue au climat actuel ? Pourquoi on empêche Kamel Daoud ?

Il y a une voix en France qui ne nous laisse pas parler à la façon de Kamel Daoud, il faut écouter ce discours. On nous dit : vous êtes dans la banalisation du racisme, vous faites le jeu du Front National ou vous êtes dans le déni de nous-même. Non ! Mais il faut dire ce qu’il se passe, dire qu’il y a un problème posé par l’Islam de France. J’ai entendu parler de l’islamisme modéré, j’ai même entendu parler du néo-islamisme, qui est une façon de rendre fréquentable l’islamisme, qui est à l’opposé de la démocratie, de l’égalité et du droit des femmes.

Fawzia Zouari
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