Ses créations ont marqué la mode française depuis plus de quarante ans. Très engagée à gauche, la styliste se confie au micro de Léa Salamé sur sa foi, sa fibre sociale et la difficulté d'être patron aujourd'hui.

C'est quoi votre métier ?

J'ai plusieurs métiers. Je suis styliste, c'est ce qui est marqué dans mon passeport.

Vous êtes patronne également, vous fêtez les quarante ans de votre maison, votre êtes galeriste également, vous avez découvert des artistes, vous êtes aussi engagée. Vous avez signé avec Guy Bedos et 200 personnalités un appel contre le démantèlement de la jungle de Calais. Il y a quelques années, elle aurait fait grand bruit. Là, elle est passée quasiment inaperçue, vous comprenez pourquoi ?

C'est dramatique. J'ai toujours été dans les rues pour protester. Comme l'Abbé Pierr e m'avait choisie parmi d'autres personnes, aujourd'hui il pousserait une grande gueulante, parce qu'il ne supporterait pas. Même si on sait que beaucoup de Français ont la vie très difficile, mais et si c'était nous ! J'ai reçu sur Internet des choses qui m'ont étonnée sur le manque d’empathie des Français. On est 65 millions de Français, on pourrait tout de même faire quelque chose. Déjà avec un appel au regroupement familial avec les Anglais qui prendraient ceux qui ont déjà des parents en Angleterre.

Vous avez l'habitude de faire passer des messages sur vos T-shirts. Dernier en date : « la niaque, on l'a ou on l'a pas ». Vous avez l’impression qu'on n'a pas assez la niaque ?

Je pense que oui. Dieu sait s'il y a des jeunes Français qui se bougent. Il faut que tout le monde se bouge. Il faut avoir la niaque, il ne faut pas attendre d'un gouvernement qu'il fasse tout.

Vous vous définissez comme une patronne sociale, qu'est-ce que la patronne pense de la loi travail de Myriam El Khomri ?

Je peux déjà dire qu'on est passé aux 35 heures avant tout le monde. Je pense que Myriam El Khomri est très courageuse, elle est en première ligne. Sa loi a sûrement besoin d'être pensée, adaptée dans les deux semaines.

C'est une loi qui vise à licencier plus facilement.

Oui mais aussi à engager plus facilement . Il y a des gens qui restent dans les entreprises parce qu'ils ont peur d'aller ailleurs.

Donc la patronne que vous êtes dit « il faut faciliter les licenciements ».

Ce n'est pas ça. Fluidifier le personnel, qu'il n'ait pas peur de perdre un emploi pour en chercher un autre qui lui plairait plus. Licencier c'est toujours triste.

Est-ce que la patronne que vous êtes se sent représentée par le MEDEF ?

Je ne me sens pas du tout représentée par le MEDEF. Je suis en train de me demander s'il ne faudrait pas faire un autre patronat, social.

Vous lanceriez un autre syndicat ?

Mais je ne me sens pas de le faire seule. Il faudrait que je trouve des gens qui veulent pousser ces idées.

Vous sentez bien qu'il y a une crise entre deux gauches : celle de Valls, Hollande, plus réformiste et une plus sociale de Martine Aubry.

J'aime beaucoup Martine Aubry. C'est quelqu'un que je connais depuis longtemps. Il ne faut pas critiquer sans proposer d'alternative. Pourquoi tout de suite attaquer ? Il faut laisser faire un peu. Il n'y a plus qu'un an. [François Hollande] a vécu des choses extrêmement difficiles, il a extrêmement bien réagi. C'est quelqu'un en qui j'ai confiance.

Vous fêtez les quarante ans de votre maison. Trois cents boutiques dans le monde. Le style Agnès b c'est quoi ? Rock ? Sobre ? Pas très sexy ?

C'est à la fille d'être sexy. Plus elle en montre, moins ça me plaît. Il faut faire un équilibre entre ce qu'on montre et ce qu'on ne montre pas. Si on est décolleté jusque-là, on ne va pas mettre une mini-jupe. Je crois que ce qui fascine c'est la Parisienne, son côté sensible et sensuel , pas le sexy en quatre lettres qui me semble un peu naïf. Ça me gêne quand je vois des filles qui en font trop.

Rock bien sûr ?

Car j'ai toujours aimé la musique, j'ai toujours été à des concerts, eu des copains musiciens. J'ai habillé David Bowie, Bashung, je l'ai habillé jusqu'à sa mort.Bowie, je l'ai habillé pendant vingt ans, il avait encore ma casquette et mon T-shirt rayé dans les dernières photos qu'on a vues de lui. Je l'ai habillé pour ses anniversaires à 50 ans, 60 ans...

Vous avez compris l'émotion immense ?

Bien sûr, Bowie c'est notre vie. Je voulais être groupie et puis à 18 ans j'ai eu des jumeaux. Je me suis rattrapée en allant beaucoup à des concerts.

Même sa mort, il l'a réussie.

Mais Bowie ce n'était pas un people. Vous voyez la différence ? On ne sait rien de sa vie personnelle. Il a fait un album magnifique, un espèce de testament magnifique, sans rien dire à personne.

L'art, vous avez aimé ça plus que la mode ?

La mode ça ne m'intéresse pas du tout , je ne suis jamais allée nulle part. Je ne suis jamais entrée chez Sonia Rykiel, Kenzo, Isabelle Marrant. Je me protège. J'aime voir les gens, j'aime voir la rue. J'aime voir ce qu'il ne faut pas faire dans la rue. Je suis mon instinct. Mon travail c'est d'anticiper les envies des gens. Je le revendique.

On ne dira pas votre âge mais vous avez l'air d'avoir 17 ans, c'est quoi votre secret ?

J'adore mes enfants, mes petits-enfants. Ce sont des copains, je les vois en même temps que mes amis qui sont des gens jeunes.

Et puis vous êtes catholique.

J'ai la foi, la foi ça aide. La vie spirituelle est quelque chose dont l'être humain à besoin. Ca se traduit par différentes attitudes. On peut prier n'importe quand. On peut remercier n'importe quand. J'ai une nature sereine malgré tout.

Agnès B lors de la Fashion Week, à Paris, France, 30 septembre 2014.
Agnès B lors de la Fashion Week, à Paris, France, 30 septembre 2014. © ÂETIENNE LAURENT/EPA/MAXPPP
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