Comment le président Hollande a endossé le costume de chef des armées ?Le grand reporter au service politique du Monde publie "Les Guerres du Président" au Seuil. Il est l'invité de Léa Salamé.

Comment François Hollande est-il passé de « la Corrèze au Zambèze » ?

Moi-même je n’en reviens pas. La thèse de départ a été validée. C’est une personne qui, à l’origine, pratique le consensus, la « synthèse molle », un qualificatif dont on l’avait affublé.

Et puis il y a un terrain sur lequel l’Etat peut agir: le militaire. Il est plus facile d’envoyer des bombes sur Daech que de faire voter des textes de loi contestées.

Le Mali est la matrice. Vous décrivez un Président qui prend en charge les opérations. La guerre sale il assume.

Initialement il ne voulait pas de cette guerre […] Puis il y est rentré seul. […] Il a mis une pression intense sur ses généraux. Il leur a donné des objectifs inatteignables, même un nombre de morts. Il a délivré un permis de tuer.

Il y a aussi cette histoire de vocabulaire : il dit « il faut « punir » Bachar al-Assad. On n’est pas loin de Poutine !

Hollande est presque un centriste socialiste, il ne veut pas diviser mais sur le terrain de la guerre il en dit beaucoup. La guerre [en France depuis] 2013 c’est la war on terror de George Bush.

Hollande assume qu’il pratique des assassinats ciblés au Sahel.

Il y a des listes de djihadistes armés qui sont recherchés dans toute la zone sahélienne. Le but c’est de tuer. On peut rapprocher cette politique de la politique israélienne, américaine.

Est-ce qu’il fait une politique de droite ?

C'est une politique de faucon, elle se situe dans la lignée des néo-conservateurs américains. Nous voulions frapper Bachar al-Assad, les cibles, le nombre de missiles étaient prévues et Obama, au dernier moment, nous a retiré son soutien, de telle sorte, que nous avons été lâchés.

Vous citez Védrine : « comme Monsieur Jourdain Hollande fait du néo-conservatisme sans le savoir »

Sa diplomatie est pragmatique : il faut s’adapter à un monde en ébullition. Mais dans les faits il est souvent plus dur que Washington.

Il change d’opinion, surtout sur la Syrie.

A la fin de cet été, Fabius et Hollande décident de frapper Assad. C’est une réminiscence de l’épisode de 2013 où les frappes avaient été empêchées. […] Les Français savent que les Russes vont bientôt frapper, quelques jours avant l’assemblée des Nations Unies, il faut arriver avec une force de frappe.

Enfin il y a la question du djihad, Hollande met les moyens, il communique à outrance sur les résultats.

Le djihad arrive dans le radar des autorités fin 2013. […] J’ai appelé un chapitre « François Homeland » comme dans la série : on communique quitte à terroriser l’opinion, sur les cellules démantelées par exemple.

Bernard Cazeneuve l’appelle le Mexicain pour sa capacité à dégainer avant tout le monde.

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