Après l'arrestation de Reda Kriket, un troisième suspect a été inculpé en Belgique le weekend dernier. La vaste enquête commence à porter ses fruits. Le coordinateur pour l'Union Européenne de la lutte contre le terrorisme est l'invité de Léa Salamé.

Les faits, 15 jours après les attentats, l’homme au chapeau, le troisième homme n’est toujours pas arrêté. Où en est l’enquête ? Il y a une très grande mobilisation, avec le support, c’est nouveau, d’Europol.

Qu’est-ce qui a changé depuis six mois, est-ce que les services de renseignements échangent plus ?

Oui. En réalité, on se trompe en pensant que les services de renseignement n’échangent pas entre eux, depuis le 11 septembre, mais ils le faisaient de façon bilatérale.

Le grand défi est celui de convaincre les services de renseignement d’utiliser les plateformes européennes comme Europol ou le SIS.

Pourquoi sont-ils encore réticents ?

Pour le SIS, il y a des progrès considérables. Si je prends les signalements aux fins d’observation discrètes, on est passé de 1000 signalements à 8000 signalements en quelques mois. C’est remarquable. Europol, c’est plus compliqué car c’est une agence de coopération policière et les services de renseignements préfèrent travailler entre eux.

Le moment n'est-il pas venu de faire un FBI européen ? Peut-on imaginer de lutter avec 50 services ? C’est ce qui se passe en Europe. Vous, vous n’êtes pas favorable, pourquoi ?

Je ne suis pas hostile, mais juridiquement, j’ai expliqué qu’il était compliqué de le faire dans l’Union. Ça n’empêche pas les États membres de le faire, de faire une sorte de Schengen du Renseignement , rien ne s’y oppose. Le premier ministre belge a lancé cette idée, il pourrait prendre l’initiative.

Qu’est-ce qui bloque ?

La protection des sources, la récolte des informations.

Il a fallu plus de 30 ans pour imposer le FBI aux États-Unis, qui est un État fédéral.

Le PRN, Manuel Valls a exigé au lendemain des attentats son application immédiate. Il devrait être adopté, est-ce que ça va l’être ?

Je suis assez confiant que ça se fasse en avril . Les États s’y préparent. La Commission finance les agences nationales.

Le PNR est très critiqué par les députés européens, est-ce la solution miracle, qu’est-ce que ça va changer ?

Ce n’est pas l’outil unique, mais il est très important. Nous avons plus de 5 000 jeunes européens qui sont partis se battre en Irak. Lorsqu’ils se rendent ou reviennent en Syrie c’est très important pour détecter les mouvements suspects.

La Belgique est très critiquée, ces critiques sont-elles justifiées ?

La Belgique est un pays très ouvert, qui connaît malheureusement un nombre très élevé, pour sa superficie, de citoyens partis en Syrie, il y a eu certainement au cours des années, dans la volonté de la Belgique de se qualifier pour la monnaie unique, une réduction de budget. Mais c’est en train de changer.

Abdeslam a tout de même fini par être arrêté vivant, sans dommage

Manuel Vals a dit hier : « La minorité salafiste est en train de gagner la bataille idéologique ».

La grande question est ce que joue l’influence de l’islamisme salafiste. Gilles Kepel pense que ça nourrit la radicalisation et Olivier Roy pense que ça arrive en fin de processus.

Je pense que l’idéologie est une source importante et on serait bien inspiré de créer un islam européen.

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