L'écrivain algérien, sous le coup d'une fatwa et confronté au combat contre l’extrémisme et la terreur dans son pays appelle les pays occidentaux à combattre le groupe armé État islamique. Il est l'invité de l'équipe de Charlie Hebdo.

(Patrick Cohen) Est-ce que vous avez un message pour Charlie Hebdo, un an après ?

(KD) Continuez à dessiner malgré ce qu’on veut vous faire dire, à ce qu’on veut trouver à vos dessins. Les dessinateurs ne tuent personne.

(Riss) On nous dit que depuis un an il se passe ce qui s’et tout doucement passé dans les années 90 en Algérie, qu'est-ce que vous pensez ?

(KD) Oui je pense que c’est comparable mais à plus grande échelle, dans le reste du monde : entre barbarie et culture, entre mort et vie. [..] En Algérie, nous voyons souvent les drames du monde comme un remake, que nous avons vécu sans Youtube, sans internet. En France aussi vous réagissez parfois avec les mêmes faiblesses que nous, les Algériens, à cette époque : incompréhension entre familles politiques. Je pense que vous êtes en train de partager une partie de nos faiblesses, de nos myopies.

(Coco) L’autocensure s’installe en France aujourd’hui ?

(KD) Il y a de l’autocensure pour des raisons de communautés […]. L’autocensure est due au fait qu’on veut parfois être humaniste. Des mécanismes d’interdit s’installent de plus en plus chez vous.

(PC) est-ce que ce n’est pas de la peur plutôt ?

(Riss)Ce n’est pas injustifié : tout peut recommencer. On a le cul entre deux chaises : tout va aller mieux ou on sombre dans la parano.

(PC) Vous avez reçu beaucoup de propositions de dessinateurs après janvier 2015 ?

(Coco) on a ouvert une adresse Gmail sur laquelle les gens envoyaient des dessins. Il y avait beaucoup de dessins amateur. Etre dessinateur de presse ça ne s’improvise pas. […] Mais on a trouvé un dessinateur : Pierrick Juin qui fait partie de l’équipe.

(Riss) certains sont craintifs et disent : qu’est-ce qui va se passer si on l’apprend ?

(Léa Salamé) vous le ressentez ce manque de faiblesse dont parle Kamel Daoud ?

(Riss) C’est délicat d’aborder la question du religieux dans une société laïque. Le Président a accueilli les autorités religieuses hier. Je ne sais pas s’il faut accorder tant de place au religieux dans une société moderne.

(LS) : On peut poser la question à Kamel Daoud ?

(KD) Je crois que oui. Les instances religieuses sont devenues des instances consultatives automatiques. Je pense qu’on est dans une sorte de glissement mondial. On est dans des positions où la liberté se justifie sans cesse. J’ai suivi les polémiques sur la Une de Charlie : les gens se représentent Dieu, pourquoi les autres ne pourraient-ils pas le représenter ?

(Thomas Legrand) Est-ce que l’état d’urgence ou les nouvelles dispositions en faveur de la police font partie de l’affaiblissement, de cette réaction post-attentat ?

C’est une pente inévitable. Il faut une réponse sécuritaire, même si elle suppose une privation de liberté, des excès. […] mais la réponse sécuritaire n’est pas la seule. Il faut empêcher que les gens basculent vers ce fascisme-là. Oui, la réponse policière est justifiée car il s’agit de quelque chose d’irréparable : la vie.

(LS) Riss la réponse sécuritaire est inévitable. Dans un de vos dessins on voit des policiers qui encerclent des gens, apeurés avec ce commentaire : « 2016, année du survivre ».Est-ce qu’on touche à notre démocratie, est-ce que ça vous fait peur ?

C’est le piège dans lequel tous les terroristes ont voulu plonger les démocraties. J’ai une protection policière, donc c’est inconfortable. On est obligé de vivre avec. J’ai de la chance ils sont plutôt sympas.

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