Le 7 janvier 2015, Charlie Hebdo est victime d'une attaque terroriste sans précédent. Au total ce sont dix-sept personnes qui perdent la vie entre le 7 et le 9 janvier. Daniel Leconte , réalisateur du film L'Humour à Mort , était l'invité de Léa Salamé.

Léa Salamé : vous deviez appeler votre film Je suis Charlie . Pourquoi y avez-vous renoncé ?

Daniel Leconte : "Après avoir vu le film, Riss a eu cette réponse : « Je suis Charlie ». On a coupé la poire en deux : Je suis Charlie dans le monde et L’Humour à Mort en France."

Que vous ont dit les autres ?

"C’est notre film. Ce film était fait pour eux et les Français."

Vous aviez déjà fait un film sur Charlie,C’est dur d’être aimé par des cons , avez-vous hésité pour celui-ci ?

"C’est mon fils qui m’a convaincu dans ce moment terrible, sur un point : quand les tueurs sont sortis deCharlie Hebdo ils ont crié « On a tué Charlie! ».Je voulais qu’ils vivent. Le témoignage le plus bouleversant est celui de Coco. L’ironie du sort, c’est le sujet de la conférence avant le carnage : le départ des djihadistes en Syrie. Tignous les défend et Maris trouve qu’on en a déjà fait beaucoup... Je trouve qu’elle est emblématique de ce qu’estCharlie . À l’intérieur de Charlie, beaucoup de gens le pensaient : le problème des cités était social."

Votre film n’est pas seulement un hommage, il est aussi engagé, car vous revenez sur le procès et vous posez clairement la question : l’Histoire aurait-elle été différente si tous les journaux s’étaient engagés ?

"Évidemment. Ça aurait été plus difficile que ce soit eux qui soient visés en premier. Tout le monde savait qu’on allait être visés, la question était : qui le sera le premier."

Au moment du procès en 2007, on voit Hollande qui déclare « Je pense qu’il n’y en aura pas d’autre ». Il ne pouvait pas plus se tromper.

"Il y a une grande clairvoyance quand il vient à la barre. Il y a un soutien, une clairvoyance. Mais il se plante sur le reste."

Vous parlez des manifestations de janvier, puis de l’essoufflement. Et Élisabeth Badinter a eu cette phrase : « Chacun est retourné à sa vie, on s’est laissé tout doucement, passivement couler. Pourquoi l’élan est-il retombé ? »

"A cause des élites médiatiques intellectuelles. Je trouve désastreux le traitement de cette affaire. Quand le 14 janvier, un article vise Charb en disant que tout était de sa faute […] c’est dramatique qu’on ait laissé à ces intellectuels zombies traiter cette affaire-là. J’ai vu que petit à petit les gens deCharlie étaient transformés en bêtes de foire. On a attendu que ce soit un intellectuel commeTodd qui nous dise quoi penser."

On n’avait pas le droit de critiquer ?

"Je n’appartiens pas à une tradition où quand les gens sont morts et pas encore refroidis, on leur tire dessus."

Donc votre film c’est aussi un procès contre les journalistes ?

"Contre certains journalistes et certains intellectuels."

Vous avez compris ce que ça voulait dire « Je suis Charlie » ?

"C’est un faux débat. Je comprends que les gens ne soient pas Charlie . On ne demande qu'une chose : qu’on ne tue pas pour un dessin ."

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