Vendredi dernier, Il a vendu une partie de sa bibliothèque aux enchères pour plus de onze millions d'euros. Pierre Bergé, président de la fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent et président du conseil de surveillance du Monde , était l'invité de Léa Salamé.

Léa Salamé : Six ans après la vente du siècle, vous avez vendu aux enchères toute votre bibliothèque. D’où vous vient ce besoin de vous délester des choses que vous avez aimées ?

Pierre Bergé : "Ce n’est pas un besoin de se délester, il faut être lucide, j’ai l’âge que j’ai, 85 ans, je suis comme les chats, je nettoie derrière moi, je ne veux pas laisser de traces."

Comment on se sent quand on vend une collection de 1500 livres qu’on a aimés. Madame Bovary dédicacé par Flaubert à Victor Hugo s’est envolé à 400 000 euros.

"Flaubert à Victor Hugo est particulièrement émouvant, parce que c’est Flaubert, parce que c’est Victor Hugo. J’aime que les objets d’art, les livres passent de main en main. On n’en est jamais propriétaire"

Je ne sais pas si c’est par goût de provocation, mais vous avez dit vouloir remplacer vos livres par des livres de poche.

"Je n’ai pas dit livres de poche, j’ai dit livres contemporains. Par exemple un Montaigne avec un appareil critique parce que le plus important c’est le texte."

Mais vous n’allez pas tout vendre. Vous allez garder deux livres.

"J’ai gardé deux livres : un Jean Giono et l’autre c’est le dernier livre de Cocteau, j’y tiens beaucoup car il a eu la gentillesse d’écrire une dédicace formidable : « Mon pierre, je sais qu’il faut porter sa croix, la mienne est lourde, je t’offre ce fleuve, [ce fleuve c’est le requiem] dans lequel on crache, je te l’offre sur papier bleu pour te dire ma tendresse."

La première partie de la vente a remporté plus de 12 millions d’euros. On a le droit de vous demander ce que vous allez faire de l’argent ?

Je n’ai pas réfléchi mais je suis en train de construire deux musées, l’un à Paris, l’autre à Marrakech et ils ouvriront tous deux en 2017.

Toute votre vie est-ce que vous n’avez pas appliquer l’injonction d’Arthur Rimbaud : «Il faut être absolument moderne » ?

"J’ai essayé mais je n’ai pas tout de suite compris ça, c’est en vieillissant que je deviens jeune. Être moderne, c’est difficile parfois."

Quand vous voyez que ce sont les réactionnaires qui ont gagné la bataille des idées, de manière ponctuelle. Vous en pensez quoi ?

"J’en suis triste mais ils ne gagnent pas toujours, les réac'. Dans l’histoire du mariage pour tous, ils se sont levés d’une manière ridicule. En tout cas le mariage gay existe."

Comment expliquez-vous qu’à chaque élection le parti de Marine Le Pen fasse trois à cinq points ?

"Les électeurs sont déçus. Soit-disant, on avait quelqu’un qui allait établir une ligne Maginot entre eux et nous, Nicolas Sarkozy. Il ne les a pas repoussés. C’est quand même la gauche qui a défendu des positions républicaines dans le nord et PACA."

Le FN n’a pourtant jamais été aussi fort alors que c’est la gauche qui est au pouvoir...

"La gauche a déçu. Elle n’a pas su tenir le discours de la vérité. J’aime mieux les positions de Piketty ou d’économistes américains qui disent que le chômage va être un état de fait, qu’il va falloir vivre avec. Je regrette que François Hollande ait lié son sort au chômage. J’espère que ce ne sera qu’une parole parce que je compte beaucoup qu’il se représente en 2017. "

Lors de notre dernière interview vous m’aviez dit être persuadé que Hollande gagnerait en 2017. C’est toujours le cas ?

"Cela dépend du candidat en face de lui."

Si c’est Juppé ?

"Ce sera très difficile pour lui."

Vous attendez de connaître le candidat à droite ? "Je ne voterai pas à droite."

Vous avez achetéLe Monde, L’Obs et d'autres titres de presse avec Matthieu Pigasse et Xavier Niel. Ils seraient intéressés par une télévision,LCI , peut-être Europe 1 si c’était à vendre. Vous les suivez ?

"Oui, bien sûr, que je les suis. Je ne suis pas très actif. LCI ne m’intéresse pas. Il faut que je vous fasse un aveu, je n’ai pas la télé chez moi. Je ne lis pas les hebdos mais ça ne m’a pas empêché d’acheterL’Observateur ."

De quoi avez-vous peur ?

"De rien, je n’ai jamais eu peur dans la vie. Mais je n’aimerais pas que certaines choses arrivent. Je n’aimerais pas que le Front National arrive au pouvoir. Je n’aimerais pas non plus que Sarkozy arrive au pouvoir."

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