Un plan d'urgence à deux milliards d'euros, cinq cent mille chômeurs qui devraient bénéficier de formations, la priorité à l'apprentissage ainsi qu'une prime à l'embauche pour les PME, le PDG d'Atos et ancien Ministre de l’Économie réagit au plan du président Hollande.

"Contre le chômage on a tout essayé" disait Mitterrand. C’est triste mais est-ce vrai ?

On a tout essayé, sauf ce qui marche chez nos voisins. À certains moments on était à 7% de chômage. Lorsque Jean-Louis Borloo et moi-même nous nous étions occupés du chômage. C’était en 2007.

Il y huit ans, on était devant l’Allemagne. Sous Sarkozy et sous Hollande on a décroché. Pourquoi ?

Et entre 2005 et 2007 on a baissé la dette de trois points de PIB. Parce qu’on a eu une gestion de la crise entre 2007 et 2012, qui a été la plus mauvaise de tous les pays européens. On a augmenté la dette de la France de 600 milliards d’euros.

C’est vous qui le dîtes, entre 2007 et 2012, la gestion de la crise, c’était Nicolas Sarkozy.

C’est surtout la Cour des comptes qui le dit : sur les six-cents milliards, deux-cents milliards sont dûs à la crise, quatre-cents milliards par une mauvaise gestion.

Vous l’avez dit à Nicolas Sarkozy ?

Bien entendu. Nous avons plus de deux mille milliards de dette. Ce décrochage est tragique pour nous.

La prime d’embauche de 2000 euros, la formation de 500 000 chômeurs, sont-ce des bonnes idées ?

Il y a trois temps dans le chômage : l’urgence. Depuis huit ans, on fait des plans d’urgence les uns après les autres. Faire en sorte que quelqu’un soit en activité c’est toujours mieux.

Un milliard d’euros débloqué, c’est bien ?

Bien sûr qu’il faut faire des efforts considérables en matière de formation. Mais derrière il y a les réformes structurelles. Ces réformes structurelles, on les attend. Nous avons un code du travail qui est un code du siècle dernier, il n’est plus adapté à l’économie numérique. Il faut former les personnes mais aussi donner de la flexibilité.

L’annonce de l’assouplissement des 35h, les heures supplémentaires payées moins cher, ces mesures vont-elles dans le bon sens ?

Bien sûr. Là encore il y a le problème du temps. C’est le troisième temps, la vision. Lisez les journaux : tout le monde y va de son couplet mais on est habitués à ça. Nous avons une Europe en danger de mort.

C’est votre grande proposition : mutualiser la dette de défense de tous les pays européens au niveau de l’Europe. Vous voulez que l’Allemagne paie pour la France.

C’est un raccourci. C’est vrai, je l’ai dit, un des sujets essentiels pour l’Europe c’est la mutualisation de notre défense. En dix ans, l’Europe a baissé ses dépenses de 10%, la Chine a augmenté de 167%, l’Inde de 35%, les États-Unis sont restés au même niveau alors que les défis sont là. Nous avons une telle dette, qu’on n’a plus les moyens d’investir. Il ne s’agit pas d’effacer la dette mais de voir, depuis la constitution de l’euro, combien nous avons dépensé.

La France a dépensé le plus !

La France a dépensé 730 milliards dans sa défense quand l’Allemagne a dépensé 500 milliards, l’Italie 400, l’Espagne 200. Je propose de reprendre cette dette, 2 300 milliards, dans un fond, avec des obligations à 50 ans qui seront remboursées pour le payer deux points de TVA de chacun des pays. Évidemment, il ne s’agit pas d’augmenter la TVA. Pour la France ce sera enfin la vraie raison de faire des réductions dans nos dépenses.

Vous arrivez à convaincre l’Allemagne ?

L’Allemagne a une crainte majeure : le décrochage de l’Europe et ce décrochage de la France par rapport à l’Allemagne. Pour que la France se remette au même niveau de l’Allemagne en faisant des efforts et en se mettant à l’équilibre, il faudra 25 ans. C’est intenable. Il faut une solution tout de suite.

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