Les attentats du 13 novembre auraient-ils pu être évités ? La question des manquements dans la prévention des attaques de Paris se pose. Notamment celle des failles dans la surveillance des terroristes. L'ancien Directeur général de la police nationale, désormais directeur général du parti Les Républicains, était l'invité de Léa Salamé.

Léa Salamé : le ministère de l’Intérieur a donné son accord pour porter des armes en dehors de leur service ?

Frédéric Péchenard : "C’est une bonne décision, qui pourra rester en dehors de l’Etat d’urgence ou pas. Au Bataclan, il y avait deux policiers, un commissaire et un gardien de la paix. L’un a été tué, l’autre grièvement blessé, ils étaient là comme spectateurs, ils n’étaient pas armés, peut-être qu’ils auraient pu faire quelque chose s’ils avaient été armés."

L’assaut de Saint Denis, est-ce un succès ?

"C’est un succès et surtout de l’investigation. L’enquête judiciaire progresse très vite. Je profite de ma présence pour rendre hommage appuyé aux forces de l’ordre. La BRI, après le Bataclan étaient très secoués mais ils étaient prêts à remonter au combat."

On ne sait toujours pas si Abaaoud a été tué ou pas. Est-ce qu’il n’est pas le visage de la faille du renseignement, Français, européen ?

"Je ne pense pas qu’on puisse parler de faille du renseignement. J’ai dirigé la police nationale pendant cinq ans, j’ai côtoyé, admiré, les hommes et femmes qui composent le renseignement. Depuis 2012, on a perdu du temps. Si vous interdisez au service syrien de parler au service français, vous vous privez de sources d’informations. Si vous ne mettez pas en œuvre le fichier des passagers aériens, le PNR, qui avait été promis aprèsCharlie , vous ne pouvez pas savoir qui monte et qui descend des avions. Si faille il y a, ce sont dans les décisions du Gouvernement et pas le travail remarquable des services de renseignement."

Est-ce qu’on ne paie pas non plus la réforme du renseignement de 2008, qui a fusionné la DST et les renseignements généraux, beaucoup disent qu’on a perdu des hommes, ce qui faisait notre force ?

"Je crois le contraire, le fait qu’il y a ait deux services de renseignement au sein de la police nationale était contre-productif. Les Américains auraient pu empêcher les attentats du 11 septembre si toutes les informations avaient été remises à un seul endroit."

Nous avons perdu des agents… et nous avons voulu privilégier le côté informatique de la chose. On recherche aujourd’hui des agents !

"De 2002 à 2011, il n’y a eu aucun attentat mortel sur le territoire national par le terrorisme djihadisme. A partir de ce moment-là nous avons proposé une réforme de la loi du renseignement. […] Mais cette loi prise après Charlie est toujours inopérante aujourd’hui !"

Alain Juppé a affirmé que Nicolas Sarkozy avait eu tort de supprimer treize mille postes de policiers et de gendarmes quand il était au pouvoir. Il aurait finalement raison ?

Chacun dit ce qu’il veut. Alain Juppé sait probablement de quoi il parle en tant qu’ancien Premier ministre. Ce qui manque aujourd’hui à la police et à la gendarmerie française, plus que des hommes, ce sont des moyens d’investigation, c’est de la police technique et scientifiques, de décryptage. Leur souci numéro est de décrypter les conversations sur internet entre l’Etat islamique et les Français.

La baisse des effectifs c’est l’Alpha et l’Omega de ce qu’on nous reproche, tant mieux ça prouve qu’il n’y a rien d’autre à nous reprocher.

"Par ailleurs je trouve que c’est une vision archaïque des choses. Selon un article du Monde, qui ne vous a pas échappé, le nombre de policier."

Le Guantanamo à la française est-elle une bonne proposition ?

"Ce n’est pas le sens de notre proposition. Notre proposition c’est : dans le cadre de l’État d’urgence l’assignation à résidence, déjà prévue pour les radicaux les plus dangereux, avec comme moyen de surveillance, le port du bracelet électronique."

C’est la proposition de Nicolas Sarkozy, mais comment on fait pour assigner à résidence 11 500 fichés S ? Sachant qu’il faut dix à vingt personnes pour surveiller une personne ?

"Le bracelet électronique permet d’avoir zéro personne pour les surveiller. Nous n’avons pas besoin de surveiller 10 000 personnes. Évidemment, ce qu’il faut rechercher, c’est la mise hors d’état de nuire des terroristes, donc la prison.Tous les gens qui sont passé en Syrie doivent être interpellés par la police et dans un cadre légal de police judiciaire, être déférés devant un tribunal et ce sont les autres qui doivent porter un bracelet électronique."

Si vous aviez été à la place de Laurent Fabius, est-ce que vous auriez maintenu la COP 21 ?

"Ça se discute. Supprimer la COP 21 c’est montrer aux terroristes qu’on a peur et c’est les faire gagner, mais la COP 21 telle qu’elle est prévue avec 50 000 altermondialistes et les forces de l’ordre qui doivent sécuriser l’évènement, c’est compliqué."

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