La maison d’édition Odile Jacob fête ses trente ans. Avec plus de quatre mille ouvrages, sa fondatrice a réussi le pari de rendre les sciences accessibles à un très large public. Odile Jacob est l'invitée de Léa Salamé.

"Le métier d’éditeur est sans doute le plus beau du monde", disait Michel Tournier . Qu'en pensez-vous ?

C’est le métier de la liberté de publier tous les auteurs que l’on souhaite. C’est merveilleux.

Il y a trente ans, vous avez monté presque seule votre maison d’édition pour les auteurs scientifiques. « Je veux montrer que la France a les plus grands cerveaux ». Est-ce toujours le cas ?

Toujours. Mon objectif c’est de faire quelque chose de différent. Comment créer une entreprise de zéro, sans rien. Je suis allée étudier aux États-Unis des disciplines qui n’existaient pas en France. J’ai décidé de les importer en France. Ça n’existait pas […] j’avais l’impression qu’on avait 25 ans de retard.

Vous avez publié des psychiatres, des physiciens, des scientifiques. Comment fait-on pour faire exister une maison d'édition, sans buzz, sans polémique, en 2016 ?

C’est un métier qui ne s’apprend pas. Ce qui est sûr, c'est qu'il n’y a pas, d’un côté, l’élite à qui serait réservée la science, et les autres, à qui on donnerait du divertissement bas de gamme.

Est-ce que ça change aujourd’hui ? La vente de vos livres est-elle plus difficile aujourd’hui qu’il y a dix ans ?

On n’est pas encore à la fin du système et au début d'un nouveau, on est au milieu. Vingt pour cent des livres numériques sont vendus aux États-Unis et en Angleterre. Aujourd'hui, ça stagne. Les gens sont très attachés au papier, ils y reviennent. Le cerveau se développe d’une certaine manière avec l’écrit, il se développe différemment avec l'ordinateur. La mémoire est plus sollicitée avec le livre. Les enseignants, les parents doivent encourager les enfants à lire des livres, sur papier ou sur tablette, mais devrais livres .

C’est la liberté, mais est-ce que vous auriez publié un livre comme Le suicide français d’Éric Zemmour ?

Il y a assez de violence et de polémique en France. Il y a cette nouvelle ère qui consiste à idéologiser toute idée. Cette maison, c’est donner goût à la conversation, à la discussion.

Si vous aviez été un homme, auriez-vous fait autrement ? Être une femme, qu'est-ce que cela change?

Il y a une telle compétition entre les hommes, c’est déjà très difficile pour eux. Ils n’acceptent pas qu’il y ait des femmes. Beaucoup d’hommes vous disent : une femme ne réussit pas par ses compétences intellectuelles, elle marche à l’instinct.

Au fond, cette réussite, n’était-ce pas pour épater votre père, prix Nobel de médecine ?

On ne va pas faire de psychologie de bas étage, mais j’avais la chance d’avoir un père exceptionnel. Ça marque sûrement une fille quand il n’y a pas d’autre femme, en dehors de ma mère, très grande pianiste.

Odile Jacob
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