Après la déchéance de nationalité, c'est cette fois sur la laïcité que la gauche se déchire. Le Premier Ministre a vivement attaqué l'Observatoire de la laïcité. Son président s'en explique au micro de Léa Salamé.

Qu’est-ce qui se passe avec Manuel Valls ? Il vous accuse de dénaturer la laïcité ?

Je crois qu’il y a des postures, avec les propos de Macron, c’est une évidence. Il oublie de dire qu’un salarié peut être au chômage. Le pasteur Clavairoly, qui a porté un soutien remarqué à l’observatoire a dit qu’il y avait des bouffées d’agressivité dans la laïcité.

Est-ce que le président de l’observatoire de la laïcité qui trouve que le Premier ministre aurait une vision intégriste de la laïcité ce n’est pas de l’agressivité ?

Quand on m’attaque, on me trouve. Quand on m’attaque de manière injuste et ridicule, je réponds, mais je ne tiens pas à prolonger la polémique avec notre excellent Premier ministre.

Il a une vision intégriste de la laïcité ?

Je n’en sais rien. Il ne m’a jamais dit qu’il était en désaccord avec ma vision. C’est à lui de s’exprimer.

Il doit vous convoquer ?

Non, il doit m'inviter, puisque je représente une institution indépendante. Je représente une institution indépendante. Il faut qu’on s’habitue dans la République, il y a des institutions indépendantes qui ne sont pas là pour obéir aux injonctions du pouvoir.

Jean Glavany (membre de l'observatoire) se confie dans Le Monde : Bianco a divisé le monde laïc : Bianco a pris parti pour les droit-de-l'hommistes.

Je fais adopter à l’unanimité une note d’orientation qui définit ce qu’est la laïcité et ce qu’elle n’est pas. J’ai la volonté de rassembler.

Est-ce qu’il y a deux conceptions de la laïcité en France ?

Je ne crois pas. Ma conception de la laïcité est exactement celle de Bernard Canzeneuve qui se confie dans La Croix : "La laïcité n’a pas à se durcir, mais à s’affirmer. Tout est déjà dans la loi. Il faut l’appliquer, sereinement, sagement."

C’est ma conception de la laïcité. Si le Premier ministre n’est pas d’accord avec le ministre de l’Intérieur qu’il le lui dise.

On vous reproche d’avoir signé une tribune, au lendemain du 13 novembre, aux côtés du CCIF, une association militante, proche des Frères musulmans, c’était votre place ?

Daech veut nous diviser, ce texte était pour dire nous sommes unis, avec des gens qui ne pensent pas forcément comme nous. Je ne vais pas faire le tri, je signe comme individu et pas comme observatoire.

Est-ce que vous regardez les signataires ?

Il y a des responsables de la FSU, de la fondation Abbé Pierre.

Vous comprenez que ça sème le trouble ?

Si le Premier ministre ou d’autres ont des choses à lui reprocher qu’il le lui dise.

Est-ce que vous êtes d’accord avec ceux qui comme Elisabeth Badinter estimes qu’islamophobe est devenu le mot magique, qui empêche toute critique des religions en général et de l’islam en particulier ?

C’est un débat bien français, on se bat sur le mot islamophobe, cette querelle me paraît inutile. Je veux éviter qu’on se batte pour les mots. Ce que je constate c'est qu'il y a de plus en plus d'actes antisémites, antimusulmans et antichrétiens.

C’est uniquement un débat étymologique ?

C’est un débat de posture. Elisabeth a raison sur ce point. Vous avez deux orthodoxies de pensée pour vous empêcher de réfléchir.

Est-ce qu’on peut critiquer l’islam en France ?

Bien entendu. La preuve !

Est-ce que vous maintenez ces propos que vous avez eus en 2013 au Monde : « La tonalité générale nous permet de dire que la France n’a pas de problème avec sa laïcité.»

Je le reprends et je signe deux fois au crayon rouge. Simplement je dis que c’est un principe solide de la République. Sa laïcité qui date de plus d’un siècle est totalement adaptée.

Quand Elisabeth Badinter dit « je ne pardonnerai jamais à la gauche d’avoir abonné la laicité » vous en pensez quoi ?

Je pense qu’on s’est reposé trop sur les acquis de la laïcité.

Est-ce qu’un jour on parlera sans hystérie de la laïcité en France ?

J’en parle de manière apaisée, l’Observatoire en parle de manière apaisée.

Jean-Louis Bianco
Jean-Louis Bianco © MaxPPP

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