Le comédien, à l'affiche de "L'Hermine" et récompensé à la dernière Mostra de Venise par le prix du meilleur interprète, est l'invité de Léa Salamé.

Vous ne deviez pas être là ce matin, nous avions enregistré une interview vendredi 13, et puis il y eu les attentats.

D'abord, très égoïstement, j'ai pensé au film. Et puis très vite, j'ai partagé l'horreur. Je suis comme tous les Français, on a été touché.

340 000 entrées, ça ne veut rien dire mais c’est miraculeux dans cette période. Le film a une force hallucinante.

► ► ► REVOIR | L'interview enregistrée avant les attentats, en vidéo

On entend que les gens ont peur d’aller au théâtre.

Pour « Poésie » au théâtre Mathurin il n’y a eu aucun désistement. On ne peut pas rembourser les spectateurs. Quand on touche à la monnaie y’a un truc organique. Je suis touché, anéanti, dépassé, comme les Français, mais je pense que ceux qui sont touchés, organiquement, avec la perte d’un enfant, ceux-là témoignent de manière absolue.

Est-ce que vous avez peur ?

Je prends mon vieux TGV, mon vieux métro, je ne suis pas héroïque.

Je me dis : « fataliste comme un Turc», comme disait Flaubert, «ce qu’on peut faire pour la société ou rien est à peu près la même chose. » Je n’ai pas plus peur qu’avant. J’ai toujours peur. Je suis plus qu'un peureux, je suis un anxieux.

Vous êtes magistrat dans l’Hermine. Il pose la question du doute dans la Justice. Au moment de la délibération vous dites aux jurés : on ne saura peut-être jamais la vérité mais il faut faire respecter la loi.

Je pense que le film renseigne les gens sur où ils sont, où ils vivent, il fait du bien aux gens.

Christian Vincent, le réalisateur, voulait que l’humain prenne le pas sur le tragique.

Il a réussi à mêler deux histoires fascinantes : on est du côté du jury, du côté du Président et du côté de l’accusé.

Ce qui est fascinant c’est qu’il dit : il faut faire respecter la loi. On ne connaîtra peut-être jamais la vérité mais on est là pour faire appliquer la loi. C’est fascinant, dans votre époque !

Vous êtes courtisé par Hollande qui est venu voir votre spectacle.

Moi je suis un grand naïf, je suis persuadé qu’il est venu écouter Rimbaud. Il est venu, avec une femme. On a dîné, il était très sympa. C’est pas du tout l’homme au pédalo, comme disait Mélenchon. Il peut faire de très bonnes blagues, quand il joue sur sa dépression personnelle.

Vous avez déclaré : « Macron je l’aime beaucoup ». Pourtant Macron c’est l’incarnation de la modernité, ce que vous détestez.

Macron est un personnage stendhalien, il est ambitieux, qu’il est ambitieux ! Les politiques que je reçois au théâtre sont des animaux, comme Molière qui disait "les acteurs sont des animaux. Ce sont des animaux hallucinants, ils ont dû être très malheureux dans leur enfance.

► ► ► À REVOIR | L'interview de Fabrice Luchini, invité du 7/9 de France Inter le 22 mai 2015

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