La banlieue a-t-elle changée dix ans après les émeutes d'octobre 2005 ? Le maire "Ecologiste !" de Sevran, Stéphane Gatignon, était l'invité d'Alexandra Bensaïd.

Alexandra Bensaïd : trois jeunes tués ce week-end à Marseille : rien n’a changé en dix ans dans les banlieues ?

Stéphane Gatignon : "Pour avoir déjà vécu ça dans le passé, ce sont des moments terribles et je pense aux familles. En dix ans sur ces questions-là en tout cas rien n’a changé."

Pas de quartiers perdus de la République, dit François Hollande, c’est votre réalité ?

"La périphérie, pour moi, c’est le centre, c’est l’avenir du pays qui est là. A Sevran, 25% de la population a moins de quatorze ans et en même temps c’est un territoire dynamique. Il y a des quartiers en grande fragilité mais les habitants, eux, ne sont pas perdus. J’ai l’impression de vivre une incompréhension totale avec les gouvernants et une rupture totale avec la compréhension de ce qu’est le terrain."

En 2005, trois semaines d’émeutes... Cela peut-il exploser à nouveau aujourd’hui en 2015 ?

"Ce que nous n’avons pas compris, c'est que 2005 marque la fin du vieux monde, il y avait quelque chose qui venait derrière. Beaucoup de jeunes qui ont fait 2005 se sont investis dans le milieu associatif ou politique, mais on ne les reconnaît pas. Ce qui se passe en périphérie est le cœur de la vie de demain."

Cela pourrait donc exploser de la même façon aujourd’hui ?

"Absolument. Il y a des tensions fortes et une crise économique douloureuse pour beaucoup."

43 milliards d’euros de politique de la ville, ça ne sert à rien ?

"Si ca sert. Mais ça ne règle pas les fins de mois ni la difficulté sociale, les trafics de drogue. "

Que faut-il alors?

"Ce n’est pas qu’une question d’argent c'est une prise de conscience politique, d’inclusion politique, certainement aussi le droit de vote des étrangers. Ce monde de banlieue est refusé dans le monde des partis politiques. La force économique du pays est là."

Manuel Valls et d’autres ministres aux Mureaux ….

"J’ai connu beaucoup de ministres de la Ville, des très bons comme Borloo. Ce n’est pas ce qui règle le problème. On parle du travail au noir. Je dis : les entreprises de 0 à 5 salariés, déchargez-les ! On va combattre le travail au noir et on va créer de l’emploi chez nous. "

Comment régler le problème des trafics de drogue ? Dépénaliser cannabis ? Faire appel a des Casques bleus, comme vous le réclamiez ?

"Il faut une politique globale de sortie de la prohibition. Il y a eu un premier pas de la part du gouvernement, qui est de contraventionnaliser l’usage de la drogue."

Un message pour le ministre des Finances ?

" Il faut soutenir les villes comme Sevran, on est fragiles, on a des budgets nettement inférieurs aux autres communes. Il faut qu’on arrive à subsister."

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