La correspondante de l'Obs à Pékin, en poste depuis six ans, sera expulsée de Chine le 31 décembre. Une mesure de rétorsion après la publication d'un de ses articles sur les Ouïgours du Xinjiang. Elle répond, en direct de Pékin, à Alexandra Bensaïd.

Ursula Gauthier, correspondante en Chine pour le Nouvel Obs, 26 décembre 2015.
Ursula Gauthier, correspondante en Chine pour le Nouvel Obs, 26 décembre 2015. © Mark Schiefelbein/AP/SIPA

J-2 avant votre expulsion. Tout est entre les mains de Pékin. Est-ce qu’il y a encore une chance que vous puissiez rester ?

Peut-être, si le Gouvernement faisait un geste, si l’Union européenne s’en mêlait. Je pense que les autorités chinoises ne respectent que la parole de leur homologue.

L’ambassade n’en a pas fait assez ?

L’ambassade a fait le maximum. Maintenant c’est au tour de Paris et de Bruxelles.

Qui a lu votre article en Chine ?

Pas les Chinois car l’article n’est pas accessible en Chine, il n’a pas été lu par les personnes du ministère des affaires étrangères, ils se fondaient sur les propos du Global times [un quotidien chinois]. En fait je pense que personne n'a lu mon article.

Vous subissez des pressions ?

Au moment où l’article est sorti, des internautes, ce sont sentis autorisés d’aller chercher, en dehors de la Chine, les militaires peuvent utiliser des logiciels particuliers pour le faire, et ils ont posté mon adresse, mes photos.

Vous subissez des menaces de mort ?

Des menaces de mort, oui. Il y en a même sur le site du Quotidien du peuple, par les internautes qui réagissent en bas des articles officiels. On laisse libre cours au courroux du peuple.

Le nœud de l’affaire c’est votre article dans l’Obs, vous mettez en doute la sincérité de Pékin après les attentats de Paris ?

Je ne mets pas en doute le fait qu’ils étaient prêts à aider la France mais dans leur esprit c’était sans doute un donnant donnant : « Cessez de dire que ce qui se passe au Xinjiang, c’est de la répression, de l’assimilation forcée, ce n’est que du terrorisme international». J’ai réagi là-dessus, j’ai dit que ce n’était pas principalement du terrorisme international.

Cette rengaine est apparue quand ?

C’est une vieille rengaine. Même au moment des attentats de New York, ils ont réussi à faire inscrire un groupuscule ouigour qui se trouvait hors de de Chine dans la liste des organisations terroristes. Sauf que les spécialistes disent que cette organisation n’existe plus ou du moins n’est pas active en Chine.

Quand il y a des attentats terroristes en Chine, par des Ouigours, ce sont des terroristes « maison », qui utilisent des moyens primitifs.

Pourquoi vous, pourquoi maintenant ?

Je ne suis pas la seule ! Les collègues qui ont écrit sur cette affaire m’ont dit « Pourquoi toi ? On a écrit la même chose ». On ne saura pas, ce ne sont que des supputations.

Ce qui est inédit c’est que Pékin vous a demandé des excuses publiques.

Ça ne s’était jamais vu. Même quand il y avait eu des articles assez terribles sur la fortune des dirigeants. Mais jamais ça n’a été mis sur la place publique, jamais leur nom n’avait été donné au public. La Chine est le 176ème pays en termes de liberté de la presse, c’est de plus en plus dur d’être journaliste en Chine ?Être journaliste chinois en Chine c’est vraiment terrible, on ne peut rien écrire d’original, on est obligé de reprendre les dépêches de Chine nouvelle. […] Il y avait des bloggeurs indépendants d’esprit qui pouvaient s’exprimer sur Weibo, ils ne peuvent plus le faire.

Ce service minimum de Paris, comment vous l’expliquez ?

Je ne sais pas, je pense qu’ils veulent conserver les bonnes relations diplomatiques, économiques avec la Chine. Mais c’est complémentaire. C’est très bien de faire du business avec la Chine.

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