Economiste proche d'Emmanuel Macron, il s'installe au Collège de France où il vient d'être nommé à la chaire "Economie des institutions, de l'innovation et de la croissance". A la veille de sa leçon inaugurale, Philippe Aghion était l'invité de Léa Salamé.

Alors que les propos d’Emmanuel Macron suscitent l’inquiétude chez une partie des sympathisants de gauche, irrités par le tournant libéral assumé par le ministre de l'Economie, Philippe Aghion entend rassurer : "Des études montrent qu’on peut réconcilier croissance et mobilité sociale à travers l’éducation et des marchés des biens plus dynamiques. Ainsi, on donne une chance à tout le monde. Souvenons-nous que lorsque le libéralisme est inventé au XIXè siècle, il était une valeur de gauche. Pour autant, gardons aussi à l’esprit qu’il faut de la flexibilité pour réaliser son destin."

Je crois beaucoup dans la chaîne et le roseau. Nous voulons de la croissance pour tous !

Sur Emmanuel Macron, qu’il a conseillé et dont il est proche, l’économiste estime qu’il fait "bouger les lignes" dans un monde qui a "changé" : "Je crois beaucoup dans la chaîne et le roseau. Nous voulons de la croissance pour tous !", soutient-il. Pour autant, Philippe Aghion estime que les réformes sont arrivées trop tard : "C’est « too little too late" : dès 2012, il aurait fallu faire une vraie fiscalité de l’innovation. Il y a eu des augmentations d’impôts excessives. On a essayé de rattraper ensuite avec le pacte de responsabilité, mais il est évident que les deux premières années ont plombé le quinquennat."

En France, il y a une culture de la défiance dans les entreprises françaises : en Allemagne les salariés sont associés à la gestion de l’entreprise

Interrogé sur le cas de l’entreprise Smart, où 56% des salariés ont voté pour l’augmentation du temps de travail, il appelle à un apaisement du dialogue social et à une cogestion à l’image du modèle allemand : " Il faut que le patronat et les syndicats puissent négocier dans l’entreprise. Il faut qu’on leur dise, si vous arrivez à un accord, cet accord devient la loi, si vous n’arrivez pas à un accord l’Etat intervient. Il faut vraiment que ce soit comme en Allemagne : une vraie cogestion entre syndicats et patronats. En France, il y a une culture de la défiance dans les entreprises françaises : en Allemagne les salariés sont associés à la gestion de l’entreprise."

Le Suédois ont réformé l’Etat en profondeur, ils ont multiplié par quatre leur taux de croissance. Si eux l’ont fait, pourquoi pas nous ?

Sur l’absence de croissance, Philippe Aghion ne veut pas désespérer : "Le Suédois ont réformé l’Etat en profondeur, ils ont multiplié par quatre leur taux de croissance. Si eux l’ont fait, pourquoi pas nous ?". " Intimidé" mais aussi "très excité de soumettre des idées iconoclastes" lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, il évacue d’emblée la candidature de Jacques Attali à l’élection présidentielle : "Tel que je le connais je ne peux pas penser que c’est sérieux."

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