Son pays représente l'un des plus mauvais élèves dans la lutte contre le changement climatique.

Justin Trudeau, Premier ministre canadien au pouvoir depuis quelques semaines, a accordé un entretien exceptionnel à Léa Salamé pour le lancement de la COP21.

Le Premier ministre canadien évoque également les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, et l'implication de son pays dans la lutte contre Daech en Syrie, avec la coalition militaire.

Vous arrivez pour cette COP21 dans une ville meurtrie, vous étiez ce matin au Bataclan, est-ce que vous avez ressenti cette ambiance particulière ?

Dès les attentats du 13 novembre, le Canada entier était bouleversé par les évènements. On voit à quel point ça pèse encore […] sur leurs états d’âme. C’était important d’aller au Bataclan pour montrer […] ma solidarité avec le peuple français dans cette lutte contre la terreur.

François Hollande est en lutte contre Daech, il essaie de rassembler une grande coalition avec les Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni. Le Canada vous en êtes ou pas, ce n’est pas clair ?

Le Canada fait partie de cette coalition contre Daech. On s’implique à bien des niveaux : humanitaires, réfugiés, diplomatiques, et politiques aussi.

Ce n’est pas ce que vous aviez promis pendant votre campagne. Vous aviez dit « on va arrêtez les frappes ».

On va arrêter les frappes, quand on aura décidé avec nos alliés, en consultation, de comment faire d’autres choses pour contribuer de façon significative, parce que nous comprenons au Canada, ayant vécus nous-mêmes des attaques terroristes le 22 novembre, au Parlement, on sait à quel point tout le monde peut être touché de façon potentielle au terrorisme.

Que pensez-vous du terme "guerre de civilisation" ?

Non, je ne trouve pas que Daech soit une civilisation. C’est une distorsion de l’Islam. Ce sont des terroristes qui utilisent la religion mais ils ne sont pas eux-mêmes représentants de la religion.

Une de vos premières annonces a été de dire, la Canada va accueillir 25 000 migrants d’ici la fin de l’année et puis finalement vous avez décidé de reporter l’accueil. Pourquoi ?

De quelques semaines, pas plus. Ce seront des réfugiés syriens mais aussi de nouveaux Canadiens. L’important c’est que l’accueil se fasse avec joie et ouverture et pas avec incertitude. On prend un peu plus de temps pour rassurer la population que toutes les vérifications de sécurité seront faites.

On prend un peu plus de temps pour rassurer la population, avec toutes les vérifications.

Vous êtes à Paris pour la COP 21, le Canada, très mauvais élève sur le climat, votre prédécesseur Stephen Harper était climatosceptique, il a sorti votre pays du Protocole de Kyoto. Vous claironné : « Canada is back ». “How”?

D’abord, ce n’est pas moi qui ait décidé que le Canada devait se réengager sur le changement climatique, c’est les canadiens eux-mêmes. Ils veulent que le Canada soit un joueur positif sur la scène internationale.

Concrètement, vous venez avec quoi dans votre besace pour la COP21 ?

Le financement pour les pays en voie de développement doit être essentiel pour impliquer ces pays-là.

Nous avons mis sur la table un engagement de 2,6 milliards de dollars pour les pays en développement d’ici 5 ans.

Votre ministre des Affaires étrangères a déclaré : « Nous croyons au développement mais il doit être durable, y compris avec les sables bitumineux ». Ça veut dire que vous allez continuer ?

Vous allez être contente de savoir que l’Alberta vient de mettre sur pied un plan extrêmement ambitieux pour limiter l’exploitation de ces sables bitumineux. Nous allons investir énormément dans le développement durable et nous allons démontrer que l’équilibre environnement économie, ça se fait.

Un mot sur le grand pays suivez la campagne américaine, vous pouvez nous traduire le Donald Trump dans le texte, que nous on ne comprend pas en France ?

C’est facile de souligner la différence pour provoquer la tension. Moi ce que j’ai vu pendant ma campagne électorale c’est que ceux qui prônent la division et misent sur la politique identitaire exclusive finissent par être mis de côté par les électeurs qui ne veulent pas voter contre leur voisin.

Vous savez qu’on parle beaucoup de problématiques identitaires en France, ça vous évoque quoi ?

C’est toujours facile dans le court terme de miser sur la différence.

Quand on est né avec un père qui a toujours fait de la politique, comment on échappe au cynisme. Vous avez baigné dans ça. Comment on échappe au cynisme en politique ?

On travaille très fort pour savoir que la politique n’est qu’un moyen pour servir la population. J’ai été très chanceux d’avoir été éduqué dans de bonnes écoles. Je dois mettre ces expériences qui m’ont façonnée au service des citoyens de mon pays.

Vous avez ramené vos enfants à Paris, vous préparez la relève ?

Deux de mes trois enfants sont ici avec moi. Comme mon père avant moi je ne veux pas que mes enfants rentrent en politique mais je veux qu’ils comprennent à quel point la politique peut être positive dans la vie des gens.

Il a raté votre père avec vous ?

J’ai fait ça de façon très différente de lui, j’ai été plus impliqué sur le terrain que lui, lui était plus dans une approche plus intellectuelle, j’ai su me créer un prénom.

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