Retour de l'armée, la guerre, le cinéma avec Yves Boisset, la scène avec Rufus et Brigitte Fontaine, le premier disque enregistré chez Jacques Canetti...

Jacques Higelin sur le tournage du téléfilm Une fille dans la montagne se déroulant en Ariège et réalisé par Roger Leenhardt
Jacques Higelin sur le tournage du téléfilm Une fille dans la montagne se déroulant en Ariège et réalisé par Roger Leenhardt © AFP / Bernard Pascucci / Ina

Le premier truc qui s'est passé en revenant de l'armée : je suis arrivé dans ce bistrot en face de la Gare de l'Est. J'ai bu une bière et le premier truc que j'ai vu et qui m'a ... C'est un car de flics qui s'est arrêté devant trois algériens, qui faisaient rien et qui étaient sur le trottoir, en train de parler. Les flics les ont embarqués. Et je me suis dit : "Ah ! La guerre n'est pas finie". Ça m'a tordu. J'ai regardé ça de l'intérieur du café et j'ai dit : "Ah bon... Quelle horreur. Donc ça continue, ici, en France, à en vouloir aux Algériens. Et ça va continuer à les traquer sur le territoire de mon pays." Et je croyais, vraiment, en revenant que la guerre était finie. Et j'ai dit : "Ah, ça c'est racisme pur et dur". Et malheureusement, c'est encore plus que jamais présent, ça existe. La condition dans laquelle vivent les étrangers, comment ils sont accueillis et comment ils sont pourchassés... Et là je suis vraiment, toujours, très très en colère. Avec maintenant les mecs qui rentrent dans les baraques... Attends, c'est comme des Nazis. Je suis désolé mais je le dis et je le pense. Avec coups de crosse dans la porte, faire sauter la porte, arriver à 6h du matin, y a une femme, y a des gosses. Ils en ont rien à secouer. Et ça, c'est pas autre chose que la façon de l'armée française, la pure et dure, celle qui est rentrée dans les maisons, qui terrorisait femmes et enfants,... Et même devant les enfants, violent... Horreur. Et ça ne me quittera jamais, parce que je suis né dans cette guerre injuste qu'était l'envahissement par les troupes d'Hitler. J'étais à 20 ans, pareil dans une affaire de colonisation, de fin de colonisation. De la souffrance, de la dureté, indélébile. Je déteste la guerre. C'est marrant, je lis un bouquin d'Arletty qui dit à ce sujet : "Il n'y a aucune excuse. Il n'y a pas de guerre sainte. Il n'y a pas de guerre justifiée". Aucune, tu vois ? Parce que la guerre, c'est l'ouverture de tout : la délation, la vengeance, le viol,... Le viol en premier. Tout ce qui a de plus sale chez l'être humain.  C'est ça qui fait sortir la guerre. Plus les cadavres, plus la haine, jusqu'à la fin de la vie sur des générations entières, qui ont détesté les Allemands en vrac. Sans savoir que parmi les Allemands, il y en a plein qui ont combattu Hitler. Et que après, à 20 ans, ça remet ça avec la haine coloniale. Et qu'on est jamais sorti de ça. On est jamais sorti de cette haine.

Avec les témoignages de Cali, Louis Bertignac, Ken Higelin

Les médias francophones publics vous proposent de [re] découvrir cette série qui vous emmène dans un voyage musical, sur les traces de Jacques Higelin. Une série proposée par  Dominick Martinot-Lagarde, assisté de Julien Van Assche.

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