Frédéric Mitterrand reçoit Bulle Ogier pour «Les Fausses confidences» de Marivaux, mise-en-scène par Luc Bondy, avec Isabelle Huppert, Louis Garrel, Jean-Damien Barbin à l'Odéon Théâtre de l'Europe jusqu'au 23 mars.

Bulle Ogier
Bulle Ogier © Maxppp

Pauvre Dorante, très riche Araminte. Dorante, qui est pauvre, aime Araminte, qui est riche. L’écart entre eux est assez énorme pour paraître infranchissable. Il sera franchi pourtant, et le public le sait bien, car le genre comique impose à son dénouement que les amants soient réunis. Cependant Marivaux s'est plu à multiplier les obstacles sur la route matrimoniale de Dorante. Son héroïne, qui est veuve, a trop d'expérience de la vie pour qu'on puisse espérer surprendre sa naïveté. En outre, Araminte est soustraite à la puissance paternelle : nul ne peut lui imposer de se marier contre son gré. Le problème, pour Dorante, consiste donc à se faire aimer d’une femme consciente de sa valeur et maîtresse de ses choix. Comment faire ? Plutôt que sur la fin, le dramaturge concentre l’attention des spectateurs sur les moyens employés, l’enchaînement savant d’actions et de réactions par lequel Araminte se laisse peu à peu circonvenir. Et c’est ici qu’intervient l'habile valet Dubois : acteur, scénariste et démoniaque metteur en scène de toute la manœuvre, il est déjà dans la place au service d’Araminte et y fait engager à son tour son ancien maître Dorante en qualité d’intendant. «Je connais l’humeur de ma maîtresse», lui déclare-t-il dès la scène inaugurale : «je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis, et on vous aimera, toute raisonnable qu’on est ; on vous épousera, toute fière qu’on est, et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes, entendez-vous ? Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l’amour parle, il est le maître, et il parlera […]». Mais cet amour, comment le faire parler ? Sur quel levier Dubois, cet Archimède de la manipulation des sentiments, va-t-il peser pour faire basculer les sentiments d’Araminte ? Essentiellement sur la «fausse confidence» – sur les effets qu’entraînent certaines informations prétendument secrètes, pourvu qu’elles soient distillées au bon moment et dans les bons termes. Tout est donc langage – mais à condition d’ajouter que tout langage, chez Marivaux, est d’emblée action, et que toute action suscite un sentiment, lequel détermine un désir moins libre qu’il ne se croit, mais qui ne vit que d’être pris au filet des mots. À ce jeu-là, Bondy est passé maître : il aborde ici son quatrième Marivaux avec une distribution exceptionnelle, autour d'une d'une Araminte incarnée par Isabelle Huppert.

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