Frédéric Mitterrand reçoit Tom Reiss, pour sa biographie du père d'Alexandre Dumas, le général Alexandre Davy Dumas de la Pailleterie, «Dumas, le comte noir», aux éditions Flammarion, dont la vie servit de modèle au roman «Le comte de Monte-Cristo». Le journaliste retrace la trajectoire mouvementée de ce fils d'un banquier français et d'une esclave de Saint-Domingue qui fut promu général sous la Révolution et dirigea des troupes en Egypte, avant d'être emprisonné sur ordre de Bonaparte pour avoir dénoncé le massacre de Jaffa.

Portrait du Général Alexandre Davy Dumas de la Pailleterie
Portrait du Général Alexandre Davy Dumas de la Pailleterie © radio-france / Olivier Pichat

Tom Reiss est journaliste (il contribue au New York Times et au New Yorker, entre autres), écrivain et romancier (dont «L'Orientaliste», traduit en vingt langues) et a obtenu le Prix Pulitzer 2013 de la meilleure biographie pour l'ouvrage sur Dumas père. Il nous livre ici de colossales recherches en archives (Villers-Cotterêts, Le Caire, Naples) pendant sept ans et une brillante mise en perspective d'une décennie dont nous sommes toujours les héritiers aujourd'hui.

Qui a inspiré à Dumas les personnages du Comte de Monte-Cristo et des Trois Mousquetaires ? Son père. Un père né en 1762 d'un marquis désargenté et d'une esclave de Saint-Domingue. Il est bâtard et brun de peau, cela ne l'empêche pas de devenir sous la Révolution le premier général d'origine antillaise, d’affirmer un républicanisme à toute épreuve et de multiplier les exploits militaires, dont le Col du Petit-Saint-Bernard puis le siège de Mantoue, arrachés aux Autrichiens.

Mais les risques que Dumas prend sont à la hauteur des trahisons qu'il subit : ayant mené de grandes batailles en Égypte, il désapprouve ouvertement la politique impérialiste du général Bonaparte. Son entièreté ne lui fut pas pardonnée. Quand il tombe entre les mains des Italiens, il est jeté en prison à Tarente, où tout le monde l’oublie, le Premier Consul puis Empereur ayant refusé de l’aider. Libéré mais banni de l'armée, sans un sou de pension, il meurt à Villers-Cotterêts en 1806, de mauvais traitements et d'humiliations.

Si le romancier a donné une seconde vie à son père dans ses chefs-d’œuvre, le Général fut un symbole pour la France de cette époque si contrastée : il est héros de l'armée révolutionnaire, alors que l'esclavage était tout juste aboli. Dix ans plus tard, Napoléon rétablit des lois esclavagistes, Dumas, lui, est un damné.

Grâce à de colossales recherches, l’historien américain Tom Reiss livre ici une brillante mise en perspective d'une décennie dont nous sommes toujours les héritiers aujourd'hui.Le livre a reçu les très prestigieux prix Pulitzer et Pen en 2013.

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Tom Reiss © Flammarion / AK
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