Frédéric Keck, anthropologue, chercheur au CNRS, et auteur des « Sentinelles de la pandémie » revient sur l’événement mondial qui a marqué l’année : la pandémie du coronavirus. Il a étudié la grippe aviaire en 1997, le SRAS en 2003, et le H1N1 en 2009 et nous livre son point de vue sur l’épidémie de Covid-19.

Dans ses recherches, Frédéric Keck s’intéresse au versant anthropologique des impacts de la pandémie de Covid-19. Il se penche notamment sur la participation des populations aux dispositifs gérés par des experts, comme le masque, vite adopté, parfois de façon innovante, par les Européens. Il étudie également comment la surveillance des oiseaux comme réservoir des maladies infectieuses implique les populations intéressées, pour comprendre qu’ils ne sont pas seulement des ennemis, mais aussi des alliés pour affronter les catastrophes environnementales à venir.

Pouvait-on s’attendre à une épidémie mondiale ?

Selon l’anthropologue, on s’attendait depuis 2003 à ce que des coronavirus viennent du sud de la Chine, et en particulier des chauves-souris. Il y avait déjà eu des alertes en 2012 avec le MERS des dromadaires en Arabie Saoudite, ayant conduit à la mise en place d’un laboratoire de haute-sécurité à Wuhan par les Chinois, avec l’aide de la France, pour cartographier les mutations des virus sur les chauves-souris.

Ce n’est pas totalement un hasard si l’alerte a été lancée à Wuhan en décembre 2019, même si on peut supposer maintenant que le virus circulait déjà depuis quelques mois.

Ce qui était prévisible pour Frédéric Keck, c’est qu’un virus qui vienne de Chine infecte rapidement l’ensemble du monde, mais on attendait plutôt à ce que cela arrive par la grippe pour laquelle tous les scénarios étaient prêts, dont l’usage de vaccin car il est « possible de fabriquer un vaccin pour un nouveau virus de grippe à partir des vaccins pour les virus de grippe déjà existants ». Mais pour le coronavirus, cela semble beaucoup plus compliqué. 

Le SRAS par exemple n’est pas sorti d’Asie, et Ebola n’est pas arrivé en Europe. On se rassurait en se disant que ça restait de l’ordre du scénario de science-fiction.

Aujourd’hui, le chercheur affirme que l’on ne peut pas être certains que le virus provienne de Chine et des chauves-souris : il peut venir « de toutes les régions du monde où les relations entre les hommes et les animaux sont très intenses et se transforment rapidement ».

Le masque pour préserver l’économie ?

« On savait depuis la crise du SRAS en 2003 qu’une épidémie de maladie respiratoire nouvelle, sans vaccin et sans traitement, pouvait causer une perturbation très rapide de l’économie ». C’est pour cela que Hong-Kong s’est mis à généraliser le port du masque, selon Frédéric Keck : « C’est la seule chose qui reste au citoyen pour se protéger de ces nouvelles maladies ». L'expérience Hong-Kong s'est étendue au monde entier.

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