Le Royaume Uni va-t-il sortir de l'Europe ? Après des mois de négociations, de rebondissements et d'incompréhension, quel bilan se dresse de cette tentative de Brexit toujours inachevée ? Christian Lequesne, professeur à Sciences Po et spécialiste de la politique étrangère et européenne revient sur cette saga sans fin.

Précédemment dans le Brexit : une saga incompréhensible
Précédemment dans le Brexit : une saga incompréhensible © Getty / KTSDESIGN/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Le 24 juin 2016, jour où le Royaume-Uni quitte l'Union européenne. "Un jour noir" pour les éditoriaux de ses voisins allemands et français, l'"aube sur un Royaume-Uni indépendant" selon Nigel Farage. 

Trois années se sont écoulées depuis. Le Brexit n'a pas eu lieu. Pourtant, une succession d'événements attendus et inattendus ont secoué l'île britannique et par la même occasion, l'Europe toute entière. Quelle leçon tirer de cette saga tumultueuse ? Christian Lequesne, professeur à Sciences Po et spécialiste de la politique étrangère et européenne, établit son diagnostic du Brexit.

Trois ministres en trois ans

Le 24 juin toujours, David Cameron annonce qu'il démissionnera dans les trois mois. Il se dit inapte au rôle de "capitaine qui dirige le pays vers sa nouvelle destination".

C'est Theresa May qui lui succède. Elle est reçue en audience par la reine Elisabeth II le 12 juillet 2016 et est nommée Premier ministre du Royaume-Uni. Elle est la seconde femme après Margaret Thatcher à endosser ce rôle.

Cependant en 2019, les accords de retrait de l'Union proposés par la ministre et son gouvernement sont constamment rejetés par le Parlement. Le Brexit est d'abord reporté jusqu'au 12 avril puis jusqu'au 31 octobre 2019. Le 24 mai, Theresa May jette l'éponge.

Boris Johnson est élu leader du parti conservateur et par conséquent, il est nommé Premier ministre le 23 juillet. 

Entre division profonde et nationalisme grandissant

Dans un essai, Christian Lequesne estime que l’idéologie économique britannique empêche la Grande-Bretagne de considérer le projet européen comme autre chose qu’un marché. Cette vision communique, selon le professeur, l’idée que l’Europe est une entité régulée par trop d'institutions. Il raconte aussi la montée d’un nationalisme anglais à partir du milieu des années 1990. Enfin il explique comment le parti indépendantiste UKIP a exploité l’immigration balte et centre-européenne pour diffuser des idées eurosceptiques. Ce sont ces éléments, auxquels s'ajoute la crise de la zone euro en 2009, qui auraient délégitimé le projet européen.

Pour le politologue Christian Lequesne, le Parti conservateur fait fi du pragmatisme économique. Cela n’arrange pas le milieu des affaires, globalement opposé au Brexit. L’objectif est « la reprise du contrôle ». Il soulève les risques de l’impact du Brexit sur la frontière irlandaise. Encore une décision complexe qui pourrait avoir des répercussions sur « l’alliance » entre les unionistes nord-irlandais et les conservateurs britanniques. 

Enfin, s'il reconnaît que le Brexit a laissé de profondes divisions au sein des deux principaux partis, il juge les conservateurs plus aptes à s'en relever, contrairement aux travaillistes.

Les invités
  • Christian LequesnePolitologue au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), spécialiste de la politique étrangère et européenne de l’Union Européenne
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