Alors que le nouveau premier ministre Jean Castex compte remettre sur la table le sujet de la réforme des retraites, l'économiste Antoine Bozio revient sur la question qui avait provoqué une vague de manifestations à partir de décembre 2019.

L’âge pivot et les professions libérales : les points épineux de la réforme.
L’âge pivot et les professions libérales : les points épineux de la réforme. © AFP / Joël Saget

Le texte de la réforme des retraites qui était passé à l’Assemblée Nationale avant la crise du Covid-19 ne faisait pas consensus dans le monde politique, et encore moins dans l’opinion publique. Retrouver des points d’accord aujourd’hui ne semble toujours pas une affaire gagnée.

Une réforme nécessaire ?

Selon Antoine Bozio, l’objectif de la réforme était de redonner de la cohérence au système des retraites afin de retrouver des règles similaires pour tous les assurés dans un régime général clair.

Cependant, l’économiste relève un problème majeur : celui de la présentation de la réforme, qui était à la fois présentée comme une opportunité d’égalité de traitement mais aussi comme une manière de faire des économies, et donc de réduire le montant des retraites. 

La question de la soutenabilité est en partie re-posée aujourd’hui et les désaccords sur la grande architecture de son fonctionnement rendent le projet d’une grande réforme universelle difficile.

L’âge pivot et les professions libérales : les points épineux de la réforme 

La question de l’âge pivot a cristallisé une grande partie des oppositions, y compris de la part des partenaires sociaux. Du point de vue des inégalités sociales, elle apparaissait comme « un symbole choquant » où « l’homogénéité de traitement va à  l’encontre de la justice ».

La réforme prévoit également d’intégrer des situations différentes, dont les professions libérales avec des taux de cotisations plus faibles, dans un même régime avec « une modification radicale de leur taux de cotisation », ce qui pose un vrai problème « en termes d’équilibre de leur système et de leur survie économique ». Néanmoins, Antoine Bozio ajoute qu’il n’y a pas non plus d’impératif à vouloir homogénéiser complètement l’ensemble des régimes, exactement sur le même mode.

Qui sera concerné ?

Le texte soumis à l’Assemblée Nationale envisageait le plein effet de la réforme aux alentours de 2070, ce qui signifie qu’une grande partie d’entre nous ne sera que très marginalement touchée. Par conséquent, les avantages liés à la réforme, le caractère universel et la simplification du régime des retraites sont également reportés.

Si le nouveau régime des retraites ne s’applique qu’aux nouveaux arrivants sur le marché du travail, on ne bénéficiera pas non plus des avantages d’avoir un régime universel qui couvre tout le monde de la même façon.

Les invités
  • Antoine BozioEconomiste, Prix du meilleur jeune économiste de France 2017
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