Sasha Mitchell, journaliste à Courrier International revient sur l'actualité internationale de la semaine. Au programme : la répression des manifestations en Biélorussie, le plaidoyer d'un gérontologue belge pour l'abolition des maison de retraites, et enfin, le cinquième album du rappeur Burna Boy au Nigéria.

Un manifestant se tient devant la police anti-émeute lors d'une manifestation après la fermeture du scrutin lors de l'élection présidentielle biélorusse, à Minsk le 9 août 2020.
Un manifestant se tient devant la police anti-émeute lors d'une manifestation après la fermeture du scrutin lors de l'élection présidentielle biélorusse, à Minsk le 9 août 2020. © AFP / Sergei GAPON

"Le pouvoir a déclaré la guerre à son peuple". Cette déclaration, c’est celle de la Biélorusse Svetlana Alexievitch, écrivaine, prix Nobel de Littérature en 2015. Et elle illustre parfaitement la situation dans laquelle se trouve le pays depuis le début de la semaine. Dans un entretien relayé par le site indépendant Belorousski Partizan, Alexievitch dit n’avoir jamais pu imaginer un tel niveau de répression. "Les gens se font arrêter dans la rue", témoigne-t-elle. "Ils sont parqués dans des stades sans eau ni nourriture. Des personnes pourtant absolument pacifiques". La femme de lettres en est certaine, plus personne ne soutient Loukachenko dans le pays. Tout le monde est convaincu de la victoire de Tikhanovskaïa. L’opposante a d’ailleurs pris la décision de fuir pour la Lituanie voisine, face à la montée de la répression. Dans une vidéo publiée mardi, elle apparaissait marquée, et expliquait avoir quitté la Biélorussie pour le bien de ses enfants.

De son côté, la presse lituanienne a salué l’accueil de Tikhanosvskaïa. Pour le site internet Delfi, c’est “la preuve que la Lituanie ne compte pas accepter les résultats falsifiés du scrutin.” Et c’est justement ce que demande l’opposition biélorusse : que la communauté internationale se mobilise contre Loukachenko. Reste désormais à savoir sous quelle forme. Il est question de sanctions, débattues par l’Union européenne hier. Il est question aussi de reconnaissance d’un gouvernement alternatif. On basculerait alors dans une sorte de scénario à la Vénézuélienne, avec un chef d’Etat contesté et un autre reconnu par la plupart des pays occidentaux. D’autant que comme le remarque le quotidien russe Kommersant, “l’opposition biélorusse a de facto commencé la constitution d’un gouvernement en exil”. Avec Tikhanovskaïa mais aussi avec Valeri Tsepkalo, candidat refusé à la présidentielle qui a quitté le pays avant l’élection. 

En un mot, la pression ne va pas redescendre de sitôt. Pour la première fois, la fin de l’ère Lukachenko semble envisageable, estime le journal Oukraïnska Pravda, en Ukraine. Mais de quelle manière ? L’homme fort de Minsk est toujours soutenu par Moscou et ça, c’est plus fort que tout. Selon le journal russe Sobessednik, la seule issue est sans doute la mort de Loukachenko ou un ras-le-bol de Moscou qui déciderait de l’écarter du pouvoir. Ou peut-être, sait-on jamais, Loukachenko entendra-t-il le cri du cœur de la Prix Nobel Alexievitch, dans l’interview reprise par Belorousski Partizan où elle dit : "Va-t’en avant qu’il ne soit trop tard, avant d’avoir précipité le peuple dans le précipice de la guerre civile ! Va-t’en !".

Dans un plaidoyer publié dans un journal belge, un gérontologue appelle à la suppression des maisons de retraites

C’est la position que défend le docteur Peter Janssen, dans les colonnes de De Standaard. Pour lui, la crise du Coronavirus a mis en évidence une chose : les maisons de repos sont complètement inadaptées à notre époque. 

Pourquoi ? Il cite pas moins de huit raisons. La principale, dans un contexte d’épidémie, c’est que ces établissements sont des lieux particulièrement propice à la propagation des maladies - on l’a vu en France et en Belgique justement. Ensuite, les gens ont de moins en moins envie d’y aller. Le gérontologue met ça sur le compte d’une génération de baby boomers plus indépendante et revendicatrice. 

Autre raison avancée : ces structures nous divisent, nous éloignent de nos aînés, et violent même leurs droits humains en les privant parfois de liberté. Pour finir, Peter Janssen dénonce le prix exorbitant des structures. "Mieux vaut investir le peu de moyens dont disposent les maisons de retraite dans l’humain que dans la pierre", insiste-t-il, c’est-à-dire dans le développement de soins ambulatoires et préventifs, plutôt que dans des structures résidentielles d’un autre temps.

Au Nigéria, le rappeur Burna Boy sort son cinquième album

Une base rythmique souvent donnée par une machine. Des instruments samplés ou joués en direct qui jouent à cache-cache avec le tempo. Et puis une voix, mélange entre staccato d’un rappeur et velours d’un crooner. C’est ça le style Burna Boy. 

Le rappeur nigérian signe là son cinquième album, intitulé, Twice as Tall, (ou "Deux fois plus grand" en français). C’est sorti vendredi et c’est une vraie réussite, à en croire The New York Times, qui tire un portrait élogieux du jeune homme qui a grandi entre son pays natal et Londres. Il est présenté ainsi : “Il est un peu le fer de lance d’une nouvelle génération d’artistes pop africains que les occidentaux découvrent grâce à l’essor  du streaming et à l’incroyable créativité qui s’exprime en dehors des labels établis.” Pour donner une idée du phénomène, les chansons de son album de 2019 enregistrent pour certaines 150 millions de vues en ligne et il compte la reine Beyoncé parmi ses nombreux fans. 

Ce qui fait la spécificité de Burna Boy, souligne The New York Times, c’est qu’il n’a pas dilué son héritage africain pour plaire à un public international. Au contraire, il a ajouté une incontestable marque africaine à des inspirations venues de tout le continent et de toute la diaspora, note le journal américain. Au fil des quinze morceaux de Twice as Tall, l’artiste fait le point sur ses succès et ses points faibles, puis invite son public à faire preuve d’ambition et de persévérance envers et contre tout. Il fait aussi la fête et crucifie le racisme, l’exploitation et les préjugés sur l’Afrique. Dans un but ultime, comme il le raconte dans The New York Times : rassembler tous les pays et les cultures du continent.

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