Cette semaine, Sasha Mitchell, journaliste à Courrier International, revient sur les temps forts de l'actualité à travers le globe. Avec pour commencer le départ du président malien, contesté depuis des mois - mais aussi la révolte des ouvriers biélorusses, et un coup de sang contre les plages espagnoles.

Le colonel Assimi Goita s'adresse à la presse au Ministère malien de la Défense à Bamako, au Mali, le 19 août 2020.
Le colonel Assimi Goita s'adresse à la presse au Ministère malien de la Défense à Bamako, au Mali, le 19 août 2020. © AFP / MALIK KONATE

Première escale, le Mali, où le président, contesté depuis plusieurs mois, a été contraint par les militaires de démissionner, mardi. Ibrahim Boubacar Keita est apparu mardi soir tard à la télévision publique - masque sur le visage, fatigué, la gorge nouée. Ses sept années de pouvoir, Keita les terminent de manière pathétique, constate le journal guinéen le Djely. Le résultat, en partie, de sa mauvaise gestion économique du pays. Et de la pression populaire, des manifestations qui ont encore eu lieu la semaine dernière. 

Mais IBK - c’est son surnom - n’est pas seul responsable, assure le Djely. Le quotidien basé à Conakry pointe, et c’est intéressant, la responsabilité de la Cedeao, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest. Jusqu’à récemment, cette organisation inter-gouvernementale était une référence, mais elle s’est peu à peu transformée en club de chef d’états - en syndicat qui cherche avant tout à protéger ses membres plutôt qu’à écouter les aspirations du peuple. Depuis des mois, il est clair qu’entre le pouvoir actuel et les Maliens, le divorce était consommé. Mais face à l’évidence, la Cedao a fait preuve d’arrogance et de déni, fustige Djely… Et voilà le résultat.

Alors certes, la cible de la colère est partie, mais les problèmes du pays restent entiers, souligne l’Observateur Paalga, journal du Burkina Faso voisin. Il faudra bien plus que la déchéance du président pour améliorer les choses au Mali, notamment sur le plan de la sécurité et de la menace djihadiste. Ce coup d’Etat renforce d’ailleurs la peur chez les autres dirigeants ouest-africains de voir le Sahel s’enfoncer encore un peu plus dans la violence. Dans la presse, certains ne manquent pas d’établir un parallèle entre les événements de mardi et ceux de 2012, lorsque des militaires avaient, déjà, à l’époque, renversé le prédécesseur d’IBK, accusé d’incompétence face aux rebelles. Des djihadistes violents avaient alors profité du chaos pour s’emparer du nord du Mali - ces mêmes djihadistes qui aujourd’hui encore continuent de semer le trouble à travers la région.

On revient en Europe - Biélorussie maintenant, où le mouvement contre le dictateur Alexandre Loukachenko se poursuit. Mercredi, l’Union Européenne a décidé de ne pas reconnaître le résultat des élections et dans le pays, c’est au sein des usines que se joue l’avenir… 

Ouvriers de tout le pays, unissez-vous ! 

C’est un peu le mot d’ordre actuellement, dans les entreprises de Biélorussie. Depuis l’élection présidentielle contestée du 9 août, l’industrie s’est progressivement mise en grève. Et ça, c’est un changement énorme, explique le journal ukrainien Den. Pour Loukachenko, les usines - contrôlées en grande partie par l’Etat - ont toujours été des “places fortes”. Il avait coutume de s’y rendre accompagné des caméras pour vanter les chiffres de la productivité. Mais désormais, l’accueil est pour le moins frais voire carrément hostile, comme ce lundi dans une usine de véhicules militaires…

Il n’en fallait pas plus  - « pars, pars, pars », lui lancent les travailleurs… La colère est telle dans le monde ouvrier que le journal Den voit un parallèle avec la Pologne des années 1980. Il y a plus d’un quart de siècle, à la suite d’un mouvement de contestation ouvrier comparable, le syndicat Solidarnosc (solidarité, en français) est apparu. A l’époque, sa naissance a signé le dernier chapitre de la résistance de la société polonaise au système communiste . 

Eh bien aujourd’hui, en Biélorussie, le journal Den a l’impression que l’histoire se répète et il l’assure - les Biélorusses ont toutes les chances de rééditer le succès de Solidarnosc. Et ce pour une raison principale : la population ouvrière y est encore très importante - sans doute plus que dans n’importe quel autre pays européen. Et ces ouvriers ils sont déterminées et unis contre qu’un seul et même ennemi : Alexandre Loukachenko.

Pour terminer, on prend notre serviette, notre parasol et on file sur les magnifiques plages espagnoles… 

Mais là-bas, peu de chance d’y croiser le journaliste Sergio Fanjul. Lui c’est bien simple, il la déteste, la plage. Et il le fait savoir avec humour dans un article publié par El Pais. Chaque été, nous dit-il, tout le monde migre à la plage comme si la plage était le milieu naturel de l’être humain. Fou-taise, assène le journaliste. Regardons la vérité en face, nous dit-il. C’est un lieu inconfortable où on est couvert de sable - qui colle à la crème solaire d’ailleurs - et où on cuit sous des températures extrêmes. Et ce n’est pas tout, on risque aussi des insolations, des brûlures, et puis on s’expose toutes sortes d’autres dangers, de la noyade à la piqûre de méduses. 

D’ailleurs, rappelle le journaliste, avant de devenir en vogue, les bords de mer ont longtemps été vus pour ce qu’ils étaient VRAIMENT. Un lieu sauvage et dangereux, uniquement fréquenté par les marins, les pirates et les cadavres que la mer recrachait après les naufrages. Aujourd’hui bien sûr, c’est tout l’inverse et quand on ose dire que la plage n’est pas notre tasse de thé, on est relégué au ban de la société, se lamente notre ami Sergio. Allez, conclut le journaliste, arrêtons de nous raconter des histoires et laissons la plage tranquille - laissons-la, surtout, aux monstres marins qui viennent nous chatouiller les pieds dans l’eau. 

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