Cette semaine, Sasha Mitchell, journaliste à Courrier International, revient sur les temps forts de l'actualité du globe. Au programme : Haïti et l’assasinat du président Moïse, Kinshasa, et le vélo au Portugal.

L'assassinat de Jovenel Moïse. Ici au Nation Unies en 2018
L'assassinat de Jovenel Moïse. Ici au Nation Unies en 2018 © Getty / Michael Brochstein/SOPA Images/LightRocket

L’actualité de la semaine : la stupeur à Haïti après l’assassinat du président Jovenel Moïse dans sa résidence. Un assassinat peu surprenant pour la presse internationale.

Encore une fois, soupire The Times, à Londres. Encore une fois Haïti plonge dans le chaos. “On a peine à croire que ce petit pays antillais ait connu une naissance glorieuse il y a 217 ans, écrit le journal, lorsque ses esclaves se soulevèrent contre leurs maîtres coloniaux français.” En réalité, cette victoire portait en germe les souffrances actuelles, assure le quotidien conservateur. Dès le début, explique The Times, le pays est entravé économiquement. 

Gouverné ensuite par des despotes, des dictateurs, des “présidents à vie”, presque tous issus d’une petite élite et n’ayant qu’une idée en tête : s’enrichir tandis que leur pays se délite de toute part. Comme si ce n’était pas suffisant, les éléments aussi, s’en prennent à l’île. Le tremblement de terre dévastateur de 2010. Et puis un ouragan sans pitié, en 2016.

Alors ces jours-ci, que ce soit dans les bidonvilles de Carrefour et de Cité Soleil, ou dans l’enclave aisée de Pétionville, sur les hauteurs de Port-au-Prince, peu d’Haïtiens pleurent la mort de Jovenel Moïse. Ce n’était à leur yeux qu’un politique de plus sur la longue liste de ces corrompus qui refusent de céder le pouvoir. Une chose est sûre, conclut The Times, deux siècles d’amère expérience ont enseigné aux Haïtiens qu’aucun des successeurs potentiels de Moïse ne vaudra mieux que lui.

Courrier International consacre cet été une série en sept volets aux capitales africaines. Premier chapitre, un reportage du journal Le Temps à Kinshasa la magnétique, capitale de la République démocratique du Congo.

Point de départ, l’aéroport Ndjili - c’est là qu’arrivent les vols internationaux. De nuit, en général, précise le journaliste Clément Bonnerot. Sur la route qui mène au centre de Kinshasa, les premiers kilomètres sont difficiles. Chaussée affaissée, mal éclairée. Dans le faussée, on aperçoit des voitures accidentées, des tas d’ordures en combustion. 

Après une vingtaine de kilomètres, la ville change subitement de visage : les rues s’éclairent, les bâtiments grandissent, les routes s’élargissent. De tous les côtés, des enseignes tapageuses attirent l’œil : restaurants et hôtels de luxe, supermarchés à l’occidentale et bâtiments administratifs se succèdent le long du boulevard du 30-Juin, l’une des principales artères de la capitale congolaise. “Kinshasa, c’est un peu comme New York, c’est la ville de tous les possibles”, lance Yves Kabongo.

Né à Kinshasa, expatrié un temps au Canada, il a choisi de revenir à la source, pour y créer des entreprises. Elle est comme ça, Kinshasa, elle attire irrémédiablement. Elle attire des “repatriés”, comme Yves Kabongo, et puis des ruraux, qui viennent toucher du doigt la réussite et la richesse réservée à quelques élus. Eux vivent du côté pauvre de l’avenue du 30-Juin, dans des constructions chaotiques, décrit le journaliste du Temps. De 500 000 au moment de l’indépendance en 1960 on compte un peu plus de 14 millions d’habitants selon l’ONU. 

Au Portugal, en Europe, le marché du vélo déraille… 

Tous les jours, João Arriaga voit des clients repartir les mains vides. Ils viennent acheter un vélo, mais le propriétaire du magasin Biclas do Rio, à Lisbonne, n’a plus rien à vendre. “Impossible de savoir quand nous en recevrons”, soupire-t-il auprès du Diario de Noticias. Voilà un an que cette pénurie dure. Alors que la demande de vélos s’envole, les magasins du pays n’en ont pas en stock, et ce alors même que le Portugal est le premier producteur de bicyclettes de l’Union européenne. 

La hausse de la demande, comme un peu partout sur le continent, elle est due aux confinements successifs. Les Portugais ont redécouvert les plaisirs de la vie en extérieur, assure Joao Arriaga, tandis que le vélo permet de maintenir une certaine forme de distanciation physique. Alors il n’est pas question de dire que les magasins de vélo sont dans le dur, loin de là. Leur chiffre d’affaires a explosé ces derniers mois, souligne le Diario de Noticias. Les exportations, elles, ont augmenté de 5% malgré le confinement. Non, le souci c’est que ça aurait pu être ENCORE mieux…

À quoi est due cette pénurie ? 

Le Portugal a beau être le premier fabricant européen, les usines du pays ont besoin d’importer de nombreux composants. Des pièces confectionnées uniquement en Asie. Comme l’explique un article du journal britannique Financial Times, le goulet d’étranglement se situe au niveau de la marque japonaise Shimano. Shimano, c’est 65% des dérailleurs et des freins hauts de gammes. Mais l’entreprise a toutes les peines du monde à faire face à l’explosion des ventes, explique le journal britannique. Les délais entre la commande et la réception ont atteint... quatre cents jours pour toute une série de composants. Au Portugal, on s’attend encore à une hausse importante de la demande pendant quelques mois, avant une stabilisation prévue en 2023 seulement. Peu de chance, nous dit le Diario de Noticias, que les fabricants arrivent à redresser complètement la barre d’ici là. Joao Arriaga, dans sa boutique Lisboète, va devoir continuer à regarder ses clients repartir bredouille encore un bon moment. 

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