Cette semaine, Ingrid Therwath, journaliste à Courrier International, revient sur les temps forts de l'actualité du globe. Au programme : la vaccination au Brésil, des Anglais qui admirent la France et Trueno, un rappeur Argentin.

Au Brésil, la vaccination progresse
Au Brésil, la vaccination progresse © Getty / Paul Biris

Le Brésil est un des pays les plus touchés au monde par le COVID–19 mais la campagne de vaccination progresse. Les organisateurs utilisent tous les outils, y compris des déguisements pour convaincre les Brésiliens de se faire vacciner.

Les Brésiliens aiment se déguiser. Ce n’est pas pour rien que leur pays est synonyme de carnaval. Malheureusement, le carnaval de Rio n’a pas eu lieu depuis le début de la pandémie. Il y a donc, de la part des Brésiliens qui vont se faire vacciner en portant un déguisement, une part de nostalgie. Mais c’est vraiment loin d’être la raison principale.

En fait, et c’est le journal Estado de Sao Paulo qui le raconte, les Brésiliens ont transformé ce geste sanitaire en geste politique. Le déguisement le plus populaire est celui de crocodile. S’habiller en crocodile (à voir ici), c’est faire un pied de nez au président Bolsonaro, qui a pendant longtemps montré beaucoup d’indifférence et de scepticisme au sujet de la pandémie. En décembre 2020, dans un discours, il avait parlé des clauses du contrat avec le laboratoire Pfizer…

Nous ne sommes pas responsables d’éventuels effets secondaires. Si tu te transformes en crocodile, c’est ton problème. – Jair Bolsonaro

Selon les journalistes d’Estado de Sao Paulo, un costume qui marche bien est celui de Zé Gotinha, “Joe la Gouttelette”... Ce Joe, c’est la mascotte brésilienne des campagnes de vaccination. De façon plus classique, de nombreux Brésiliens choisissent de porter des t-shirts à messages, avec des slogans qui réclament la destitution de Bolsonaro, rendent hommage au système public de santé et aux instituts de recherche brésiliens qui produisent les vaccins AstraZeneca et Coronavac. 

Pour rappel, plus d’un demi-million de Brésiliens sont morts du COVID et 44% de la population a reçu une première dose de vaccin, 17,25 % est totalement immunisé, selon le site G1, du groupe Globo.

Une fois déguisé, le but est de se prendre en photo et de poster cela sur les réseaux sociaux (à voir ici ou bien ici), comme certains influenceurs.

Le moment de la vaccination est devenu une opportunité de réaffirmer ses prises de position” ou de montrer son “soulagement”

À Londres, les Anglais sont en admiration devant notre façon de vivre…

Le Times de Londres a consacré un long article plein d’admiration pour les Français et notre rapport au travail. Pour cette institution du journalisme, nous sommes “les champions du temps libre”... Alors, d’abord, il semblerait que pour nous, les vacances soient sacrées et que toute la France prenne un mois de vacances à compter du 1er août. Sans parler de nos congés payés obtenus en 1937, nos semaines de 35 heures, nos déjeuners bien arrosés qui durent des heures.

C’est évidemment faux ou du moins très exagéré. Mais ce qui est certain c’est que les Français sont 15% plus productifs que les Britanniques selon l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économique. 

Mais alors si nos voisins passent plus de temps au travail, pourquoi sont-ils moins productifs ? Selon le Times, il y a plusieurs explications. D’abord, c’est parce qu’ils sont épuisés. Ensuite, c’est  parce qu’Outre-Manche, “ce n’est pas le temps libre, mais le fait d’être débordé qui fait le statut social”.

Nous sommes convaincus qu’être débordé est le gage de notre valeur et de nos compétences incommensurables. Alors que les Français n’ont pas le sentiment qu’ils doivent forcément s’éreinter au travail pour prouver leur valeur. Par ailleurs, notre faible capacité d’épargne joue également en notre défaveur. Nous épargnons bien moins que les Français, et la peur du lendemain nous pousse donc à travailler comme des brutes. – The Times

Et cette épargne faible s’explique aussi. Parmi les pistes, l’immobilier hors de prix et la privatisation du système de retraite qui obligent à dépenser et donc à gagner des fortunes et à se tuer à la tâche au passage.

Il y a de quoi se réjouir de ne pas être tout à fait dans la même situation que les Anglais. Mais, il y a aussi de quoi réfléchir et rester vigilants pour ne pas suivre leur exemple. 

En Argentine, un programme d’aide aux élèves défavorisés a permis à toute une nouvelle génération d’artistes d’éclore. Parmi eux, la star du rap, Trueno… 

Trueno, de son vrai nom Mateo Palacios Corazzina, a 19 ans et tout a commencé pour lui en 2014 quand il a reçu un ordinateur portable dans le cadre d’un programme à destination des élèves des écoles primaires et des collèges. 

En tout, 4 millions d’enfants ont reçu des netbook entre 2011 et 2015. Après une interruption sous la présidence de Mauricio Macri, ce programme a repris et fonctionne toujours. Comme plein d’autres jeunes, il ne s’est pas contenté de faire ses devoirs sur son ordinateur. La première chose qu’il a faite a été d’installer le logiciel musical Audacity ! Et il a bien fait parce qu’aujourd’hui, il est un rappeur très populaire.

Une de ses vidéos Youtube comptabilise 48 millions de vues et son compte Instagram est suivi par 6 millions de personnes.

Ce qui est génial, c’est qu’il n’est pas le seul et que, grâce à cette initiative sociale, des millions d’enfants ont pu développer leur créativité. Grâce à eux, le début des années 2010 a coïncidé avec un boom artistique dans les domaines du rap, de la trap et du freestyle.

Aujourd’hui, les pouvoirs publics continuent  à distribuer des netbooks et ont mis en place des politiques culturelles pour soutenir le développement du hip-hop. Mieux encore, ils encouragent les jeunes à hacker les ordinateurs… parce que cela montre leur ingéniosité et va leur permettre d’être encore plus inventifs. 

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