en partenariat avec http://www.afp.com avec Charlotte Bonnet (AFP)AMSTERDAM, 21 avr 2013 (AFP) - La municipalité d'Amsterdam est accusée d'avoir demandé à des Juifs rescapés des camps de concentration le règlement de loyers impayés pendant la Seconde guerre mondiale, même lorsque leurs logements avaient été détruits ou occupés par les Nazis. Confrontées à ces révélations d'une jeune universitaire et aux réactions de la communauté juive, les autorités municipales actuelles n'ont eu d'autre choix que de s'engager à faire la lumière sur cette injustice d'après-guerre. Amsterdam a été occupée par les Allemands de 1940 à 45 et seuls 18.000 des 80.000 Juifs déportés ont survécu. "A leur retour les Juifs ont reçu des lettres de la ville d'Amsterdam leur réclamant de régler des arriérés de paiement pour des loyers pendant la guerre", a déclaré à l'AFP Charlotte van den Berg, une historienne de l'art de 23 ans qui a découvert puis dévoilé à la presse cette mesure. Elle concernait les occupants, juifs et non juifs, de locaux appartenant à la ville. La municipalité a même été jusqu'à exiger des amendes pour retard de paiement pour des habitations qui avaient été confisquées et occupées par les Allemands ou les membres du NSB, le mouvement national socialiste des Pays-Bas qui a collaboré avec les nazis. Charlotte van der Berg était étudiante lorsqu'elle découvre les faits fin 2010 alors qu'elle participait à un projet de numérisation des archives de la ville d'Amsterdam. Interloquée, elle approfondit ses recherches. "Je voulais savoir si la ville avait un jour rectifié les mesures prises en 1946", explique-t-elle à l'AFP : "malheureusement, tout ce que j'ai pu trouver, c'est une réduction des amendes à partir de 1947". Des amendes qui concernaient parfois des maisons détruites par les bombardements. Charlotte van den Berg décide finalement d'alerter la presse comme dernier recours afin d'éviter que les documents originaux attestant de l'injustice ne soit détruits une fois numérisés, comme le souhaitait la municipalité. Dans un témoignage accordé au quotidien néerlandais Het Parool, David Bonte, 91 ans, affirme que la réclamation aux Juifs de loyers arriérés était une affaire courante à l'époque. Rescapée de l'Holocauste, sa famille a reçu en 1946 une lettre pour loyer impayé. "Comment ont-ils osé nous harceler, nous qui avons dû supporter tant de choses?", s'indigne-t-il. Le nombre de réclamations, qui concernaient des habitations appartenant à la municipalité, n'est toutefois pas connu, pas plus que leur montant. "Tout ce que je peux vous dire c'est que 342 personnes ont demandé une restitution des sommes imposées. Parmi ces gens tous n'étaient pas Juifs", explique Charlotte van den Berg. "La plupart étaient juifs, mais il y avait aussi des gens qui ont souffert de la guerre, des gens dont les affaires ne marchaient plus et qui ne pouvaient plus régler leur loyer", dit-elle. Il était possible d'obtenir un remboursement partiel via une procédure auprès de la municipalité. "La date limite pour engager la procédure était le 1er mai 1948 et seule la moitié de l'amende pouvait être remboursée", affirme-t-elle. Certaines lettres retrouvées par Mme van den Berg attestent de l'incrédulité des survivants : "leurs auteurs racontent leur retour des camps de concentration ou comment ils se sont cachés pendant la guerre. Sans un sous, ils demandaient parfois juste du temps supplémentaire pour payer la facture". Parmi ceux qui ont contesté les impayés, J.W Levending, un menuisier, entrepreneur et courtier d'assurance: "est-ce à nous de payer les pots cassés? A ceux qui des années durant ont vécu la misère, ont été enfermés, auxquels les Allemands ont tout pris?". "On reçoit la note qui aurait due être réglée par les hommes du NSB, et aussi des amendes alors qu'on n'était même pas présent. Messieurs les fonctionnaires sont-ils tellement peu au courant de la situation pour oser exiger de telles créances", écrit-t-il dans une lettre datée du 29 juin 1946. Malgré les protestations, les fonctionnaires d'Amsterdam ont continué à réclamer les sommes dues selon la loi. "Nous allons lancer des recherches pour savoir exactement ce qui s'est passé, cela sera fait aussi vite que possible et durera aussi longtemps qu'il le faudra",assure à l'AFP Bartho Boer, porte-parole du maire d'Amsterdam Eberhart van der Laan. Le Conseil central juif espère de son côté que "les erreurs du passé seront corrigées", a déclaré à l'AFP son président Jigal Markuszower. Ronny Naftaniel, ancien directeur du centre d'information et de documentation d'Israël et l'un des premiers à militer pour la réparation des dommages subis par les Juifs néerlandais, estime pour sa part que "la question des loyers était en partie déjà connue, mais les détails manquaient. C'est une bonne chose qu'ils fassent surface maintenant". Amsterdam a pris contact avec le centre d'archives nationales et d'autres organisations juives afin de déterminer dans quelle mesure d'autres villes des Pays-Bas ont été touchées par l'injustice des arriérés de loyers.

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