Avec Jerôme Rivet de l'AFP

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2018: l'Union européenne implose, l'euro disparaît... Ce "scénario catastrophe" est mis en scène dans une exposition futuriste et iconoclaste par un artiste belge pour qui il est urgent de réveiller le "rêve européen" avant qu'il "ne soit trop tard". En entrant dans un pensionnat désaffecté d'une petite rue de Bruxelles, le visiteur est appelé à "perdre ses repères". Il est propulsé en 2060 et ouvre la porte de l'exposition "La vie dans l'ancienne Union européenne: les dernières années de la longue paix", qui le plonge cinquante ans plus tôt, au début du XXIe siècle. Sur quatre étages, ce "musée éphémère" lui explique comment l'UE a prospéré jusqu'à rassembler 33 membres, le Monténégro et l'Ecosse étant les derniers pays à y a avoir adhéré en 2017. Avant qu'elle ne tombe, victime de la "Grande Récession" qui, après la Grèce et l'Espagne, s'est propagée à la France et au Benelux. "En ces temps incertains, les maux du passé semblaient plus contagieux que le rêve d'une Europe unie. Les mouvements eurosceptiques, nationalistes et séparatistes prospéraient", raconte un panneau de l'exposition. Et, vers 2018-2020, "l'Europe rechuta et redevint ce qu'elle avait toujours été: un continent divisé politiquement". L'artiste flamand Thomas Bellinck fait vivre cette descente aux enfers en s'inspirant des musées vieillots et nostalgiques qu'il a visités en Europe de l'Est. Ni écran interactif, ni vidéo. Les murs sont délabrés. L'affiche saluant le prix Nobel de la Paix obtenu en 2012 par l'UE est toute jaunie. Les vitrines, mal éclairées, sont recouvertes de poussière. "Pas du tout eurosceptique" =============================== Y sont exposées des reliques symboliques de l'époque révolue du "doux rêve européen": un ballon de baudruche glorifiant l'UE en 2014; les premiers billets en euro, une copie décorée de la directive 2257/94 fixant la longueur idéale d'une banane à 14 cm et son diamètre à 27 mm. Le visiteur de 2060 découvre ainsi comment, "dans l'intérêt de l'Harmonisation et de l'Intégration, l'UE se souciait dans les moindres détails de la vie quotidienne de ses habitants". Une volonté telle que, en 2017, l'Acquis communautaire, qui regroupait l'ensemble des textes règlementaires, comptait 311.000 pages et pesait 1,5 tonne. Rares sont les artistes contemporains à oser prendre comme sujet l'Europe, en dépit de son omniprésence dans la vie quotidienne. "Sans doute parce qu'elle ne fait pas rêver, qu'elle est difficile à personnifier", avance Thomas Bellinck. "D'ailleurs, lorsque je disais aux gens que je travaillais sur l'UE, ils prenaient un air consterné", témoigne le jeune Belge de 29 ans, également metteur en scène de théâtre. Dommage car les artistes nourrissent le débat, selon lui. "En projetant les visiteurs dans le futur, je crée une distance pour les aider à observer ce qui se fait sous leurs yeux", explique-t-il. Même si le visiteur sort un peu sonné de cette exposition qui se termine dans l'obscurité, Thomas Bellinck affirme ne "pas avoir voulu en rajouter" dans le pessimisme qui plombe actuellement l'Europe. "Au contraire. Je ne suis pas du tout eurosceptique. Je crois au projet européen. Je le critique pour montrer qu'il faut le réveiller, le changer, avant qu'il ne soit trop tard et que chaque pays retombe dans ses vieux démons". Ce défi est immense à la lumière du désamour ambiant: en un an, le soutien au projet européen a chuté de 60% d'opinions favorables à seulement 45% dans l'UE, selon une récente enquête du centre de recherche Pew. Lancée dans le cadre d'un festival culturel, l'exposition, baptisée "Domo de Europa historia en ekzilo" en esperanto ("Maison de l'Histoire européenne en exil"), se tient jusqu'au 14 juin dans le quartier européen de Bruxelles

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