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Avec Joris Fioritti, AFP.

On y parle chiffons, mode et potins de star: onze ans après la fin du régime fondamentaliste des talibans, l'Afghanistan a sa première web-télévision, décidée à montrer au monde la face urbaine moderne et pacifique du pays, à rebours de ses clichés guerriers.Globox.tv est la petite dernière d'un paysage audiovisuel afghan en pleine révolution depuis dix ans. Et son ambition est sans limite, portée par une programmation osée qui ravirait plus d'un métrosexuel occidental.Dix années de présence internationale ont changé les codes d'une minorité éduquée de jeunes Kaboulis, davantage portés sur Justin Bieber ou Beyoncé que sur le mollah Omar, chef suprême des talibans qui continuent de combattre le gouvernement de Kaboul et ses alliés occidentaux à travers le pays.Dans "Quoi de neuf à Kaboul?", une émission hebdomadaire de sept minutes, Aimal Qowat, jeune présentateur de 22 ans, se promène dans les lieux branchés de la capitale. Un jour, il manque de se noyer dans la piscine d'un spa rutilant, étonnant et insoupçonné dans la capitale afghane.Un autre, il se paie un nouveau look dans un salon pour hommes, où l'on apprend que la coiffure "à pointes" -- cheveux laqués et dressés en pics -- est en vogue chez les Kaboulis "cools". "Nos clients veulent avoir l'air européen", affirme très sérieusement le coiffeur, qui, outre du gel par litres, propose également des gommage de points noirs.Modernité oblige, Globox.tv, à l'inverse des chaînes de télévision locales portées sur la musique traditionnelle, explore la veine hip-hop et électronique, notamment dans "Nation of rap", un programme hebdomadaire de 15 minutes dédié à cette musique dont de rares groupes afghans se sont emparés.Un tiers des quinze employés de Globox.tv travaille depuis Dubaï, où vit une importante diaspora afghane. Si à Kaboul, l'émission sportive est consacrée au culturisme dans un sous-sol humide, le spectateur s'envole en parachute dans le ciel émirati. Les images sont léchées, professionnelles.

A Dubaï, on parle cinéma, mode. Le défilé d'une créatrice afghane, qui fait la part belle aux décolletés et aux jupes, fait s'écarquiller les yeux trop habitués aux burqas, voile intégral omniprésent en Afghanistan.Globox.tv peut se permettre ce genre d'émissions. Seules limites, "on ne parle pas de religion, de sexe ou de politique" et "on respecte la constitution", explique Aref Ahmadi, 29 ans, le directeur d'Awaz, la société privée qui a créé, finance et produit la web-télé. "Mais hormis cela, on ne s'interdit rien".Trouver l'équilibre éditorial aujourd'hui en Afghanistan reste périlleux. Depuis la fin du régime de fer des talibans (1996-2001), qui pendaient les téléviseurs aux lampadaires, la liberté d'expression a fait d'énormes progrès.Mais l'Otan prévoit de retirer la grande majorité de ses troupes après 2014, et les cercles musulmans les plus conservateurs poussent les autorités à revenir à plus de fermeté. En septembre, ils ont ainsi demandé des poursuites contre deux chaînes accusées d'immoralité pour avoir diffusé des clips musicaux étrangers montrant des femmes courtement vêtues. Globox.tv n'a jusqu'ici pas été inquiétée."Il y a 40 ans, l'Afghanistan était plus moderne qu'aujourd'hui. Mais les gens ont détruit leur âme avec la guerre", observe, dépité, Mohammad Idrees Barakzaï, un producteur de la chaîne, âgé de 26 ans."Aujourd'hui cependant, la nouvelle génération veut une vie paisible et belle, comme en Europe ou aux Etats-Unis. Et en Afghanistan, il n'y a pas que des visages tristes. Il y a aussi l'espoir", poursuit-il.C'est cet espoir que Globox.tv veut montrer. "Nous devons (re)construire l'esprit des gens", assène Shamssulhaq Rahimi, 26 ans lui aussi, manager de Globox.tv et de Globalistan.com, un Facebook à l'afghane revendiquant 10.000 utilisateurs.La fréquentation reste le point noir de la web-télé, faute d'accès internet pour la majorité des Afghans ou de connexion assez rapide pour regarder ou télécharger les programmes quotidiens, une heure et demie passée en boucle.Globox.tv ne revendique aujourd'hui que 200 clics par jour, un résultat encore jugé insuffisant après six mois d'existence. Mais Awaz continue de croire au projet et d'investir en dépit du manque de rentabilité."C'est un peu un ovni en Afghanistan. Mais on apporte vraiment quelque chose. On veut faire une vraie télé, pas seulement occuper l'antenne", remarque Aref Ahmadi. S'il ne peut s'empêcher de relever "l'anachronisme délirant" du projet, il souligne le chemin parcouru par son pays: "Il y a 11 ans, on sortait des talibans. Là, on arrive à la web-tv, qui arrive à peine en Europe. On a rattrapé un retard considérable. On n'a plus de complexe!"

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