Par Sébastien Blanc (AFP) Dans une immense steppe du nord-ouest de la Chine, au milieu d’une tempête de sable qui brouille la vue, émergent soudain dans le lointain cinq chevaux de Przewalski. Leur ressemblance avec les équidés préhistoriques de certaines peintures rupestres en Europe est frappante: encolure très courte, crinière dressée en brosse et robe isabelle caractéristique. «Ceux-là, on peut s’en approcher. Les autres s’enfuient à moins de 300 mètres de distance», souligne Sun Zhicheng, un responsable de la réserve naturelle nationale de Xihu («Lac de l’Ouest»). Vers 1880, un officier et explorateur russe, Nicolaï Przewalski, observait dans le désert de Gobi ces curieux petits chevaux à qui il donnera son nom. L’espèce fut déclarée éteinte à l’état sauvage dans les années 1960. La Chine tente aujourd’hui d’en réintroduire dans ce territoire de 660 000 hectares aux confins de la province du Gansu, près de là où vivaient les derniers spécimens non domestiqués. La végétation est rare et le climat sec, glacial en hiver et étouffant en été. Mais, il y a 2 000 ans, sous la dynastie des empereurs Han, on avait découvert ici des chevaux de Przewalski, près de l’oasis de Dunhuang. «Un condamné avait été banni à Dunhuang. Tandis qu’il marchait près d’un lac, il vit un de ces chevaux. Il fabriqua un mannequin humain et le plaça sur le chemin suivi par l’animal. Un jour il prit la place du mannequin, ce qui lui permit d’attraper le cheval, pour l’offrir à l’empereur», relate M. Sun. «L’homme a menti à l’empereur Han Wudi, en assurant que le cheval avait surgi d’une source. Et il l’a appelé cheval céleste. L’empereur a tellement aimé l’animal qu’il a écrit un poème dessus». Au fil des siècles, les chevaux de Przewalski ont été décimés par la chasse et les captures destinées aux parcs zoologiques. En 1986, la Chine a acheté à des zoos aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne 18 chevaux de Przewalski, pour tenter de faire repartir l’espèce. Ils se sont reproduits en captivité et la réserve de Xihu en compte désormais plus de 70. «Nous en avons relâché dans la nature pour la première fois en septembre 2010, puis en 2011. Ils sont aujourd’hui 27, 16 femelles et 11 mâles. Nous avons même eu la naissance d’un poulain, un succès d’étape dans la réintroduction», raconte Sun Zhicheng. Mais rares sont les espèces animales capables, tels les chameaux de Bactriane, d’affronter les rigueurs de ces steppes. Le cheval de Przewalski a besoin d’un accès journalier à l’eau, avec une distance maximale de 30 kilomètres à parcourir. Il lui faut aussi 10 kilos de matière sèche de nourriture par jour, suffisamment proche du point d’eau. Des conditions susceptibles de se transformer en «problèmes», reconnaît M. Sun. La région reçoit moins de 40 mm de précipitations annuelles. La réserve a dû élargir dix puits exprès pour les chevaux. Ils se nourrissent de roseaux, de branches d’arbrisseaux tels les tamaris, explique Lu Shengrong, l’un des employés de la réserve. «En hiver, nous devons briser la glace pour qu’ils puissent boire». Jointe par téléphone en Mongolie, la biologiste Claudia Feh estime qu’il y a 1 800 à 2 000 chevaux de Przewalski dans le monde, dont environ 500 participant à des tentatives de réintroduction en milieu naturel. Cette spécialiste du comportement des équidés sauvages supervise un tel projet dans les steppes mongoles, avec son association Takh (nom mongol du cheval de Przewalski). Les défis à relever sont multiples, assure-t-elle. «Les plus grands ennemis sont les chevaux domestiques, à cause de deux problèmes: la transmission de maladies infectieuses et les dangers d’hybridation». Les chevaux de Przewalski ont «une base génétique très étroite» car, il y a un demi-siècle, leur nombre était tombé à 13 ou 14 individus, répartis dans différents zoos européens, rappelle l’éthologue. «Ils vont disparaître génétiquement si on n’évite pas les croisements». D’où la nécessité impérieuse de choisir des régions de remise en liberté où les populations locales comprennent l’enjeu d’éviter les rencontres entre chevaux sauvages et domestiques. «Pour garantir une survie à long terme, ou même pour une durée de cinquante ans, il faudrait une population de 1 500 individus (par projet de réintroduction). On est loin de l’objectif», prévient Mme Feh. «C’est une espèce encore assez fragile».

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