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Le lycée Paul Robeson, à Brooklyn, n'avait pas bonne réputation. Situé en face d'une cité difficile, il était classé parmi les établissements les plus dangereux de New York, et a obtenu la note C à sa dernière évaluation. En 2010, le maire Michael Bloomberg a décidé de le fermer. Et si les portiques détecteurs de métaux se dressent toujours à l'entrée, l'ambiance a radicalement changé. Deux petits lycées ont ouvert dans ses murs, dont P-Tech. Avec 100 élèves par niveau, cet établissement créé en partenariat avec IBM emmène ses élèves de 3eme jusqu'à un diplôme de niveau bac+2, délivré par la City University of New York. "Nous avons construit un cursus en six ans, avec des stages, du coaching réalisé par des cadres d'IBM, et la possibilité, dès le départ, de suivre des cours d'informatique de niveau universitaire. Les résultats sont excellents", se félicite Rashid Ferrod Davis, le proviseur. L'établissement a même été cité comme modèle par Barack Obama, dans son dernier discours sur l'état de l'Union. Fermer les établissements à problèmes et les remplacer par de petites structures, avec de nouvelles équipes et de nouveaux projets pédagogiques : telle est la marque de fabrique de la politique éducative de Michael Bloomberg depuis sa prise de fonction en 2002. Une méthode radicale dont le maire est très fier, ayant fait de la transformation des écoles new-yorkaises un point fort de sa politique, quitte à s'opposer frontalement aux syndicats étudiants. A la rentrée 2013, 78 écoles, collèges ou lycées verront le jour, portant à 656 le nombre d'établissements créés ou entièrement recréés sur des bases nouvelles en 11 ans. Au cours de la même période, 164 ont fermé ou sont en cours de clôture. Un bilan qui a permis à M. Bloomberg d'annoncer triomphalement le 2 avril, que son administration était celle qui a créé "le plus d'écoles dans l'histoire" de New York. résultats en trompe-l'oeil ? Certains de ces établissements sont thématiques, spécialisés par exemple dans les métiers de la santé, ou montés avec des entreprises, comme Energy Tech, qui ouvrira en septembre dans le Queens, en partenariat avec ConEdison et National Grid. D'autres sont des charter schools, écoles qui reçoivent des fonds publics mais sont gérées de façon privée. Cette politique offre ainsi aux familles un plus grand choix d'établissements dans leur zone, tout en aiguisant la concurrence entre ces établissements. Elle a également entrainé un vaste mouvement de réaffectation du personnel et de restructuration immobilière, financé notamment par 150 millions de dollars octroyé à la ville par la Bill and Melinda Gates Foundation. "Ces nouvelles écoles fonctionnent. Les élèves y réussissent beaucoup mieux", affirme Puglia Devon, porte-parole du Département de l'éducation de la ville. D'après le Département, 71% des jeunes New-yorkais obtiennent désormais leur diplôme de fin de lycée, contre 51% en 2002. Dans les établissements fermés et ensuite complètement transformés, ce taux est passé de 38% à 70%. Mais pour la Fédération des enseignants (United Federation of Teachers), ce sont des résultats en trompe-l'oeil. Le principal syndicat d'enseignants mène depuis 10 ans des actions en justice pour contrer ces fermetures. "Le problème, c'est que les jeunes les plus défavorisés n'intègrent pas les nouvelles structures, qui ont des places limitées. Ils sont renvoyés vers d'autres lycées à problèmes, plus loin. Des établissements qui finissent aussi par fermer. Il faudrait mieux donner plus de moyens aux établissements difficiles ", dénonce Richard Riley, porte-parole de l'UFT. Une étude de 2010 du Annenberg Institute a également montré que le public des nouvelles petites structures est en moyenne "moins désavantagé" que celui des lycées fermés. "Ces fermetures sont difficiles à vivre pour les élèves, qui se sentent stigmatisés" estime aussi Lisa Donlan, de l'association de parents d'élèves New York City Parents Union. "Pourquoi ne pas soutenir les écoles que nous avons ? Avec sa logique de marché, le maire a déstabilisé le système, tout en présentant ces fermetures comme des victoires. L'ironie, c'est que parmi les fermetures annoncées, on compte plusieurs écoles créées sous M. Bloomberg. Il ne laisse pas leur chance aux établissements"

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