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A Chypre, la vie civile grignote peu à peu la zone tampon

Par Caroline-Nelly PERROT

MAMMARI (Chypre), 06 jan 2013 (AFP) - La zone tampon qui divise l'île de Chypre n'est pas aussi déserte qu'il n'y paraît: des villages entiers y vivent, de nombreux agriculteurs y travaillent, et grâce au déminage et à l'entrée dans l'Union européenne, les activités se développent.

Occupant 3% de la superficie de Chypre, elle traverse le coeur de la capitale Nicosie, où elle a figé dans le temps des rues entières, dont les boutiques fantomatiques aux publicités vintage ne se visitent que sous escorte militaire de l'ONU.

Mais quelques kilomètres plus loin, près de Mammari, trois frères élèvent des dizaines de milliers de cochons dans la zone tampon, fournissant une large part de la viande de porc de l'île.

Des dizaines d'ouvriers, mais aussi fournisseurs et clients franchissent chaque jour un poste de l'ONU, souvent déserté, pour rejoindre leurs exploitations.

"Tous les six mois, quand une nouvelle équipe de l'ONU arrive, ils font du zèle", se plaint Néophytos Néophytou, qui a ouvert un cabinet vétérinaire dans l'exploitation de son père. "Nous sommes censés fournir les pièces d'identité de toutes les personnes venant ici. C'est impossible, mais il y a des arrangements".

Au terme d'une vaste opération de déminage démarrée par l'ONU en 2004 et presque terminée, plus d'un tiers du no-man's land a été rendu aux civils et nombre d'oliveraies ou de maraîchages ont repris vie.

"Auparavant, les gens avaient peur de se rapprocher de l'ennemi, mais avec la stabilisation, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir utiliser leurs terres dans la zone tampon", explique Michel Bonnardeaux, porte-parole de l'Unficyp, la mission de maintien de paix de l'ONU à Chypre.

"L'entrée dans l'Union européenne a encore accentué cette tendance: depuis 2008, la politique agricole commune s'applique sur ces terres, et les exploiter ouvre le droit à des subventions", ajoute-t-il.

Les habitants du village chypriote grec de Mammari, situé dans la zone tampon, ont ainsi retrouvé leurs terres, auparavant interdites d'accès par l'ONU pour éviter tout incident avec les troupes turques voisines.

"Il n'y a plus de point de contrôle fixe, on peut aller librement aux champs", explique Stelios Christofi, un habitant septuagénaire. Les paysans doivent seulement obtenir un permis d'exploiter deux fois l'an auprès de l'Unficyp.

"Au bout du chemin, il y a les troupes turques, mais on n'a pas de problème", estime Michalakis Michail en cueillant ses olives. "La semaine dernière, il y a eu de grosses pluies et l'eau a apporté quelques mines turques jusqu'ici. L'ONU a fait sauter tout ça et c'est réglé". Dans certaines zones, les deux communautés cultivent côte à côte, un rare exemple de cohabitation au quotidien.

Faciliter le retour à la normale dans la zone tampon fait partie du mandat de l'ONU, mais l'Unficyp redoute des incidents liés à une fréquentation croissante de la zone, d'autant qu'elle ne dispose que de quelques dizaines de policiers aux pouvoirs très limités pour y maintenir l'ordre.

Elle voit ainsi d'un mauvais oeil la construction d'une université dans le village de Pyla, seule localité où cohabitent Chypriotes grecs et turcs, qui pourrait drainer jusqu'à 2.000 étudiants.

Outre l'agriculture, c'est l'urbanisation qui grignote la "buffer zone": des quartiers de l'ouest de Nicosie ont débordé au-delà de la ligne verte, qui n'est pas démarquée à cet endroit.

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