La discothèque met le cap sur l'Ethiopie avec à la barre celui qui a fait connaitre au reste du monde l'ethio-jazz, le musicographe Francis Falceto !

Francis Falceto,  musicographe et producteur de musique, spécialiste des musiques du monde et en particulier de la musique éthiopienne.
Francis Falceto, musicographe et producteur de musique, spécialiste des musiques du monde et en particulier de la musique éthiopienne. © Radio France / Matthias Volant

Ce soir avec le charentais Francis Falceto, on farfouille dans une véritable mine d'or musicale, l'Ethiopie des années 60-70 !

L'invité

Francis Falceto préfère les détours que les sentiers battus, les panneaux "toutes directions" que les trajets tracés à l'avance. Il n'aime pas l'école et l'académisme, et privilégie le contexte associatif. Avec ses camarades et leur association L'oreille est hardie, il crée la salle de concerts le Confort Moderne à Poitiers sur une ancienne friche industrielle. La salle, dont il est le programmateur, devient le fief des musiques innovantes de la ville, sidère par son éclectisme, et reçoit le groupe américain d'indie rock Sonic Youth pour la première fois en France.

Sa vie poitevine change lorsqu'un ami lui met dans les mains un 33 tours de Mahmoud Ahmed un jour de l'année 1984. Cet album, Erè Mèla Mèla, aujourd’hui symbole de l’ethio-jazz, est un véritable choc pour lui. Partisan des routes parallèles, Francis Falceto va cette fois foncer en ligne droite, convaincu qu'il doit consacrer sa vie à mettre en lumière la richesse du patrimoine musical éthiopien. Après une enquête de terrain menée dans les restaurants éthiopiens parisiens, il se rend en Ethiopie, alors dictature militaro-stalinienne pour rencontrer Mahmoud Ahmed. Il réédite son album, mais ne peut faire guère plus tant que la dictature n'a pas pris fin.

Après presque 10 ans d'attente, , il peut enfin créer la collection _Éthiopiques_avec l'éditeur Buda Musique afin d'exhumer et faire redécouvrir l'ensemble des succès des artistes de la musique éthiopienne de la période 1950-1975, la plupart produits par Amha Eshèté pour le label Amha Records et Ali Abdella Kaifa pour Kaifa Records. Ces disques étaient passés plutôt inaperçus, même au sein de son pays fondateur. Cette musique était une musique des grandes villes, où l'accès au l'électricité était plus facile qu'à la campagne. Seuls ceux qui avaient de l'argent régulièrement - les militaires - pouvaient écouter de l'éthio-jazz.

Au fil des ans et de ses voyages successifs en Ethiopie, Francis Falceto complète une collection aujourd'hui riche de plus de 30 volumes, et a remis en lumière les stars de la scène ethio-jazz : Mahmoud Ahmed, Mulatu Astatke, Girma Bèyènè, Getatchew Mekurya, Hailu Mergia, Étenesh Wassié, Emahoy Tsegué-Maryam Guébrou. La collection s’est aussi faite connaitre dans le monde grâce au cinéma de Jim Jarmush et son film Broken Flowers (1991) où des titres de Mulate Astatku sont utilisés dans la BO.

Francis Falceto donne maintenant des conférences dans le monde entier d’Addis-Abeba à Harvard. Un documentaire a été tourné sur le projet de sa vie par Maciek Bochniak, Éthiopiques, revolt of the soul (2017).

Il a également traduit l'ouvrage de Shebhat Gebre-Egziabher sur le milieu nocturne éthiopien, Les Nuits d'Addis-Abeba, aux éditions Actes Sud.

La playlist de Francis Falceto

  • Mahmoud Ahmed - Bèmen sèbèb letlash
  • Alèmayèhu Eshètè - Mèkèyèrshin Salawq
  • Girma Bèyènè & Akalé Wubé - Sét alamenem 
  • Adanèh Tèka - Bob Marley
  • Imperial Tiger Orchestra - Emnèté
  • Wègayèhu Dègnètu & le Harar Police Orchestra - Whole Lotta Love
  • Horace Silver - Song For My Father
  • Mulatu - Yèkermo Sèw
  • Alamin Abdel-Latif - Amsat-ta
L'équipe
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