Comme chaque dimanche, nous vous embarquons pour une balade musicale en Afrique hors d'Afrique. Installez-vous donc confortablement. Nous avons des kilomètres à couvrir, de l’Afrique du Nord aux collines de l’Ethiopie en passant par les forêts du Congo et les mers de la Bretagne.

Billet doux pour Jacob Desvarieux

Ecoute plus souvent les choses que les êtres, 

La voix du feu s'entend. Entends la voix de l'eau. 

Ecoute dans le vent, le buisson en sanglot, c'est le souffle des ancêtres. 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis. Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire et dans l'ombre qui s'épaissit…

Cette affirmation est extraite du poème « Le Souffles des Ancêtres » du Sénégalais Birago Diop. 

J’y reviens chaque fois qu’une connaissance, un ami, un frère entreprend le voyage au pays des chasses éternelles. 

Et c’est le cas depuis ce Vendredi 30 Juillet. Jacob Desvarieux est passé de l’autre côté de la rive, après des semaines d’hospitalisation à Pointe-à-Pitre.  

Né à Paris, Jacob Desvarieux grandit en Guadeloupe où il s'oriente rapidement vers la musique. 

Avec Pierre Edouard Decimus, Freddy Marshall, ils fondent en 1979, le groupe Kassav et créent une musique festive, un mélange d’influences de Kompa haïtien, de salsa cubain, de biguine et de merengue, le tout enrobé d’un son hautement son rock. 

Leur genre nouveau fait danser la planète entière depuis quatre décennies…

Jacob ne peut pas mourir, il vit dans la musique qu’il a inventée avec ses complices…

Rendons visite à Malika Zarra au coeur du désert marocain

Chaussez vos oreilles, nous sommes au Maghreb de Malika Zarra qui nous ouvre les portes de son désert marocain avec « No Borders » extrait de l’album « Berber Taxi ». Elle a d’abord été clarinettiste avant de prendre des cours au conservatoire pour s’orienter vers le Jazz, genre dans lequel elle se sent définitivement libre. Sur les fondements-mêmes du Jazz, sa musique puise dans les racines de son héritage de musique Chaabi, Berbère et Gnawa…

« Berber Taxi » le titre éponyme de son dernier album est certainement l’une des meilleures illustrations de l’alchimie musicale de Malika Zarra…  Dans cet opus enregistré en 2011 aux USA, on perçoit comment la basse remodèle le son du guimbri et les charley celui des carkabous, deux instruments emblématiques de la confrérie des Gnawa… Si Malika reste très attachée à ses cultures originelles, elle est également ouverte à 360 degrés sur celles du monde. Pour elle, les cultures sont aussi multiples que les hommes sur la terre et elles se révèlent être des forces puissantes et servent à révéler leurs richesses.

C’est cette quête d’enrichissement qui la fait multiplier ses collaborations avec des créateurs de l’ailleurs notamment avec les américains John Zorn, Arturo O'Farrill & the Afro Latin Jazz Orchestra, le Guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart ou les Sahariennes, un collectif de quatre femmes chanteuses instrumentistes venues du Sahara Occidental, du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie, réunies en résidence à l’Opéra de Lyon pour monter leur spectacle musical dans le cadre de la Saison Africa 2020 qui se poursuit aux quatre coins de la France jusqu’en Septembre.

Partons à la rencontre des "Sahariennes"

Voici l’une de leurs pièces enregistrées lors de leur concert de juin dernier au 360 Musique Factory dans le 18° à Paris. Le spectacle “Sahariennes” sonne et résonne comme un chant à la gloire des héritages communs des peuples du Sahara et particulièrement ceux des femmes d’Algérie, du Maroc de Mauritanie et du Sahara occidental. 

Cette création musicale déconstruit les clichés, escalade les frontières et fait fi des conflits politiques opposant trop souvent  leur pays respectif.  Les Sahariennes ont en commun des musiques et des traditions cousines. Leurs objectifs,  faire entendre leur parole d’artiste. 

Les Sahariennes, c’est Noura Mint Seymali de Mauritanie, Souad Asla d’Algérie,  Dighya Mohammed du Sahara occidental et Malika Zarra du Maroc, un spectacle créé sous la direction artistique de Piers Faccini dans le cadre de la Saison Africa 2020, co-produit par l’Opéra de Lyon et Dérapage Prod.

Et si nous faisions un petit détour par la Bretagne pour découvrir la musique éthiopienne !

On décolle du Sahara, direction la Bretagne et l’Ethiopie. Surtout ne me demandez pas ce que la Bretagne a à voir avec l’Afrique… Prêtez vos oreilles, vous entendrez...

Je suis certain que parmi vous, il y en a qui ont entendu parler de cette bande de fous furieux de Bretons, très curieux,  tombés en amour pour la musique éthiopienne. Le fameux Badume’s Band. Figurez-vous qu'ils ont une nouvelle galette de neuf titres qui arrive sur le marché exactement dans 19 jours. L’album est baptisé « Yaho Bele », traduction ‘’Say yeaha !!! " ou encore mieux « Dites ouaiiis !!! »

En 2005, le Badume’s Band participe à une création au côté d'Aklilu Zewdié, saxophoniste, clarinettiste et directeur de la Yared school d’Addis Abeba. Ce dernier les  présente à la star éthiopienne Mahmoud Ahmed qui les invite à l'accompagner au festival ‘’la Renverse’’ en août 2006, puis au festival des musiques éthiopiennes d'Addis Abeba en 2007.  L’année suivante, le groupe enchaîne plusieurs tournées « Éthiopiques » aux côtés de Mahmoud Ahmed et Alémayéhu Eshèté. C’est à cette époque que les Bretons rencontrent à Addis Abeba, Selmanesh Zéméné,  jeune chanteuse azmari qui fait chanter et danser le tout Addis. Depuis sa participation à l’enregistrement de l’album "Ale Gena" en 2010, la belle Ethiopienne est toujours de la partie. Selamnesh, la chanteuse de Badume’s Band est considérée comme l’une des grandes voix féminines d’Ethiopie. C’est dans le célèbre club le Fendika, d’Addis Abeba du danseur éthiopien Melaku Belay que Sélamnesh développe sa carrière.  Cet établissement est un ‘’Azmaribet’’ traduction, la case des Azmaris. Les Azmaris sont à l’Ethiopie, ce que les Djélis ou les Griots sont au Mali. Ils sont la mémoire collective des légendes, des généalogies, des mythes, bref la mémoire de tous les récits. 

Djélis ou Azmaris, ces personnages emblématiques jouent le rôle primordial de la conservation de la mémoire et de sa  transmission. La chanteuse lead Sélamnesh Zéméné et le Badume's Band recréent le son d'Addis-Abeba des années 60 - 70. La musique de cette décennie a un tempo et un rythme distincts qu’on ne retrouve nulle part ailleurs… Le Badume’S Band de Bretagne et Sélamnesh Zéméné, sa chanteuse Ethiopienne, portent ensemble le passé musical de l’Ethiopie mais aussi l’avenir de ses musiques urbaines. Avec le Badume’s Band, Semlanesh trouve l’orchestration idéale pour porter sa voix à l’international et marquer la place légitime et incontestable des femmes sur la scène artistique de son pays… 

Je vous rappelle que « Yaho Bele / Say Yeah » arrive sur le marcher le 20 Août  pour fêter les 15 ans du label Innacor Records et la fabuleuse rencontre artistique éthio-bretonne.

Partons maintenant à la rencontre de Lokua Kanza !

Depuis « Nkolo » sortie en 2010, Il nous a fait languir  onze longues années. Revoilà le champion toute catégorie des vocalises.

Le prince charmant Lokua Kanza est de retour avec un album exceptionnel, mélodique, groovy, gorgé de sève de tous les styles, de tous les genres… Un album mijoté pendant huit ans dont six passés à enregistrer dans les studios autour du monde, dans douze pays différents, de l’Inde au Congo en passant par la Côte d’Ivoire, la France, l’Angleterre, l’Afrique du Sud, la Hongrie et le Nigéria… 

« Mélopyg » annonce la couleur. Tambour d’aisselles, kora, guitare, batterie, chœurs aériens ou que sais-je encore… Juste une orchestration épaisse, foisonnante, savoureuse.  Et le voix de maître Lokua, tantôt en mode voix de tête, tantôt caverneuse, jonglant entre polyphonie pygmée, pleureuse mélancolique, ou incantatrice de guide initiateur…

Le registre de Pascal Lokua Kanza, il le tient de son expérience acquise au ‘’conservatoire de la vie’’ celui des bancs d’église, des orchestres de rumba, sur les places des chants de rituels traditionnels ou sur les planches aux côtés de la diva Abeti Massikini, superstar des années 80 au Zaïre aujourd’hui République Démocratique du Congo. L’identité multi-ethnique de ce nouvel album « Moko » s’inscrit en droite ligne de la diversité des écoles de Lokua Kanza…

Dans quelle catégorie ranger un titre comme ‘’Tout Va Bien’’ ? Un balancement façon calypso-Reggae, des cuivres un tantinet soul, une trompette jazzy à la Hugues Masekela.

Lokua, tu m’offres tout de même une porte de sortie avec ce texte estampillé ‘’joie de vivre’’ ! Par ces temps où les média où les magnats du pouvoir jouent à nous instiller la peur au quotidien. Ton tout va bien peut servir de vaccin contre l’angoisse et le stress… Cette philosophie exhortant à voir le côté positif des choses, venant de toi, elle a une double valeur car le destin n’a pas toujours été sympa avec toi quand on sait que ton père est décédé alors que tu n’étais qu’un gosse. Tout petit, en tant qu’aîné de la fratrie, tu as dû travailler pour aider votre mère à subvenir aux besoins élémentaires des huit gamins que vous étiez à la maison…

Allez, cultivons amoureusement la joie de vivre et l’optimisme et arrosons cet engagement avec un dernier titre de ton nouvel album « Moko », pour les auditeurs de "l’Afrique en Solo", j’ai choisi l’une des compositions des plus groovy. C’est « Quatel ». 

Le grand retour Lokua Kanza après onze ans de silence radio c’est « Moko » un album marqué du sceau de la modernité tout en puisant dans le patrimoine ancestral de l’artiste. Les quatorze titres sont chantés en Lingala, en Swahili, en Douala, en Yoruba, en Wolof et en Français. « Moko » enregistre de nombreuses collaborations notamment, feu Manu Dibango, Ray Lema, Wassis Diop, Richard Bona, Jean Philippe Rykiel, Charlotte Dipanda et j’en passe…

Et pour finir, découvrons l’ivoirienne Dobet Gnaoré, une femme qui en veut.

Comédienne, danseuse, musicienne, Dobet Gnaoré est de l’école du Village Ki-Yi, une micro-communauté d’artistes d’une centaine de résidents située dans le quartier de la Riviera, au cœur d’Abidjan, la capitale économique de Côte-d’Ivoire. Adolescente, elle claque la porte de l’école pour se former dans l’institution que son père, le maître tambour Bony Gnaoré a co-fondé avec Were Were Liking, Bomou Mamadou et Serel.  Elle vient de publier son sixième album intitulé « Couleurs » duquel nous avons retenu « Désert » Au Village Ki-Yi, ses aînés ont enseigné à Dobet Gnoré de veiller à continuer à porter son héritage culturel. C’est pour cela qu’elle crie haut et fort, je la cite : « Je garderai les influences de l’Afrique partout où j’irai. L’Afrique est mon battement de cœur... » fin de citation. 

Faut voir Dobé sur scène. Souple comme un roseau, agile comme une panthère, ses chorégraphies vous coupent le souffle. Elle fut Lauréate d’un GRAMMY en 2010, elle est applaudie pour sa présence scénique et ses interprétations riches en émotions. Enregistré en Afrique durant la pandémie, « Couleur » célèbre les divers talents africains, ainsi que la cause des femmes, leur créativité et leur positivité. Avec ce nouvel album « Couleur », Dobet Gnaoré rompt avec la tradition acoustique qu’elle affectionnait jusqu’à présent et se plonge dans les sons afro-pop modernes de son pays. 

Programmation musicale

  • Jacob Desvarieux et Kassav - « Mwen Malad Aw »
  • Malika Zarra  - « No Borders »
  • Malika Zarra - «Berber Taxi»
  • Les Sahariennes  - «Dan Dan»
  • Badume’s Band - «Laliye Laliye »
  • Badume’s Band - « Shegeye Shegawu »
  • Badume’S Band - « Bati Kétemawu »
  • Lokua Kanza  - « Mélopyg »
  • Lokua Kanza  - « Tot Va Bien »  
  • Lokua Kanza  - « Quatel »
  • Dobet Gnaoré - « Désert »
  • Dobet Gnaoré - "Lèves-toi"
     
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