Laissez-vous guider par ce commissaire qui rassure quand, justement, on a du mal à le suivre. C'est parce qu'il résout toutes ses enquêtes sans la moindre méthode préétablie qu'il devient un ami qui vous veut forcément du bien dans la vie de tous les jours.

Les vertus de mon ami de fictions Adamsberg
Les vertus de mon ami de fictions Adamsberg © Getty / Elisa Sferrazza / EyeEm

Je ne sais pas vous mais moi je ressens toujours un petit frisson d’angoisse le long de la colonne vertébrale quand on me demande d’être… efficace. Et le frisson se meut en migraine quand on me conseille de… performer ou d’être pro-active. Franchement, comment faire dans un monde pro-blématique ?

Pour tout vous dire devant les multiples pro-babilités d’une journée, je préfère pro-crastiner. Et aller déambuler sans but précis avec un pelleteur de nuages. C’est ainsi que beaucoup surnomment cet ami que je veux vous faire aimer, dont je vous avoue être un peu amoureuse, aussi, sur les bords. 

Jean-Baptiste Adamsberg, commissaire des fabuleux romans policiers de Fred Vargas

Adamsberg n’est pas un flic, c’est une âme ambulante, qui résout toutes ses enquêtes criminelles, sans le moindre début de bout de méthode. Jean-Baptiste est décrit ainsi par une de ses collègues dès le premier Fred Vargas dont il est le héros, "L’Homme aux cercles bleus" : 

Tu es là, tu traînes, tu rêves, tu contemples les murs, tu griffonnes des croquis sur tes genoux

Contrairement à tous ces mecs qui pensent que la virilité consiste à occuper fermement le terrain, mon ami, lui, plane, erre, digresse physiquement comme intellectuellement. 

L’esprit de cet homme est un paysage brumeux, et c’est justement en suivant ses intuitions farfelues, comme des petits cailloux sur les chemins de l’étrange, qu’il arrête le coupable. Contrairement aux types qui pensent sincèrement que réussir consiste à avoir une Rolex à cinquante ans, Adamsberg porte deux montres aux poignets, mais aucune ne marche. Ce qui compte, messieurs, ce n’est pas le temps, c’est le bras qui le porte, et la vérité ne se dévoile jamais aux hommes trop pressés. 

Je voudrais embrasser Adamsberg tant il est le contraire de tous ces guides qui vous encouragent à jeter des objets précieux pour vous, sous prétexte qu’ils sont cassés, usés, qu’ils ne sont plus… fonctionnels. 

L’amitié, non plus, ne sert à rien de précis, elle peut juste être un paysage que l’on aime retrouver, et avec Jean-Baptiste, je suis servie, puisqu’il peut disparaître ou s’endormir soudain quand, dans sa tête, il y a trop de nuages à pelleter. 

Physiquement, je voudrais bien vous le décrire, mais il est… indescriptible, comme si les traits de son visage étaient fluctuants, cela dépend de la météo, des légendes du Moyen âge et de la violence qu’il doit combattre, et des pays qu’il traverse pour ses enquêtes. 

Dans "Temps glaciaires", par exemple, sa huitième enquête, mon commissaire lutte avec un mort-vivant en Islande, et je crois que c’est Danglard, son adjoint, un autre copain que j’aime fréquenter pour son savoir encyclopédique et sa tendance pour le muscadet à toute heure, qui s’inquiète pour lui, envisageant très sérieusement, que, par effet de fusion chimique entre les brumes d'un être et celles d'un pays, Adamsberg ne s'engloutisse en Islande et n'en revienne jamais. Mais il revient.

J’avoue que, dans les adaptations TV de certains Fred Fargas, la réalisatrice José Dayan a eu du nez en donnant à l’indescriptible Adamsberg les traits du planant Jean-Hugues Anglade. 

Ce commissaire est un homme qui rassure quand, justement, on a du mal à le suivre

Danglard, encore lui, le définit parfaitement sous la plume merveilleuse de Vargas : Seul Adamsberg était capable de distordre la vie ordinaire pour en extraire ces incartades, ces courts éclats de beauté saugrenue. Au moment où certains hommes très pro-actifs pensent à coloniser l’espace car ils ne jugent plus la terre suffisamment fonctionnelle, mon ami, lui, continue d’y trouver des indices d’intérêt, en ayant l’air de glander. 

À Danglard, un jour, il a répondu : 

Vous croyez toujours que je ne fous rien sous prétexte que je ne fous rien. La réalité n'est jamais si simple

Et ça, c’est vraiment le conseil d’un ami qui me veut du bien.

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