Si vous êtes assommés par un demi-tonneau de doutes existentiels ou si le monde vous paraît soudainement bien trop abstrait, ne matez pas le foot à la télé, rêvez-le en peinture, riez, réjouissez-vous car voilà la vérité : qui n'a pas vu « Les Footballers » de Nicolas de Staël ne sait pas encore que le monde existe !

Nicolas de Staël, Les Footballeurs, inv DG 76 / Dépôt, Nice, musée national du sport
Nicolas de Staël, Les Footballeurs, inv DG 76 / Dépôt, Nice, musée national du sport © Musée des beaux-arts de Dijon/François Jay/ADAGP, Paris 2018

L'Histoire du match de football le plus oublié de l'Histoire de l'humanité 

France / Suède 1952, ce match amical a sombré hélas dans le néant cataclysmique de notre amnésie, cependant quelqu'un y était lui et sa peinture en fut transfigurée … 

Qui l'eut cru, Nicolas de Staël a vécu l'une des plus renversantes nuits de sa vie au Parc des Princes

Joie, fesses en l'air et mélancolie sur la toile

Est-ce la lune qui brille dans le ciel noir ou bien un ballon rond projeté à toute berzingue dans l'onctuosité paisible de la nuit ? Ce soir l'herbe est rouge, les footballers sont sur la piste, regardez ces petits corps musclés qui se dépensent – houlalala - sans compter. 

Au centre de la toile, quoique légèrement sur la droite, une masse compacte et colorée. 

Des formes pures, des carrés bleus, des carrés blancs, de petits bâtonnets verts, gris, noirs, et rouges. Les voici qui s'entremêlent, qui s'entrechoquent, se superposent, on dirait qu'ils luttent ou bien qu'ils dansent, tout serrés ensemble, comme un magma impétueux, de près, de loin, on ne voit que ça, la dépense énergique de ces corps qui sont là, présents, denses, lestes et vibrants.

A droite, on dirait que celui-ci s'élève dans la troposphère, ces deux aplats bleus apposés côte à côte, ce sont peut-être des fesses accrochées à un dos en torsion dans les airs. 

Au centre, je te vois, toi, le jersey noir, mais qu'est-ce que tu fais ? C'est du football mon vieux, même moi je le sais que ça se joue avec les pieds ! 

Tout à fait à gauche, une âme esseulée qui se sépare, vous la reconnaissez ? C'est elle, la mélancolie  misanthropique du milieu défensif gauche … 

Et quant au reste du monde, figurez-vous qu'il a disparu, ne reste que ces footballers dans la nuit bleue, l'herbe rouge, les shorts blancs, les chaussettes grises.   

Une révélation footballistique au Parc des Princes

Un soir de cette année 1952, par hasard, Nicolas de Staël se rend au Parc des Princes. 

La partie se joue en nocturne, plein feu sur le terrain, les projecteurs sont allumés, le peintre est subjugué. Tout de suite il écrit à son ami le poète René Char

Quelle joie ! René, quelle joie ! Entre ciel et terre (…) une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi ! 

La vache, le garçon exulte, il est en transe. En une nuit, sa peinture change. 

Auparavant quand on mettait bout à bout les noms des toiles de Nicolas de Staël, on pouvait faire de petits haïkus : « Composition », « Composition céladon», « Porte sans porte », « éclair », « fugue », « Peinture, vent debout »…

Monsieur s'enivrait aux vapeurs renversantes de l'abstraction, avec ses Footballers , Nicolas revient à la figure. Un peu comme ses toiles qu'on se prend, en plein dans la figure.  

La peinture, c'est l'art de sentir que le monde existe 

On ne voit pas une toile de Nicolas de Staël, pas vraiment, pas tout à fait, elle vient vous frapper à l’intérieur de l’âme. Avec de Staël, on comprend tout d'un coup que la peinture n'est pas une affaire d'image, pas du tout, c'est une matière d'existence. 

La peinture existe, elle touche à l'être des choses, elle nous fait sentir que le monde est là, qu'il perce sous les aplats, les pâtes, les couches de couleurs et même les croutasses. Entre le réel et la joie, ici tout est présence ... 

Où trouver cette merveilleuse toile ?

La toile est exposée au Musées des beaux Arts de Dijon.Actuellement en rénovation, le nouveau musée ouvrira ses portes le 17 mai 2019. 

Actualités Nicolas de Staël : L'exposition "Nicolas de Staël en Provence", du 27 avril au 23 septembre,Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence. 

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