Vous voyez des petits Lénine qui brillent ? Non non vous ne rêvez pas, vous êtes tout simplement… En train de triper sous acide !

Un visiteur regarde un tableau intitulé "Hallucination partielle, Six images de Lénine sur un piano", 1931, de Salvador Dali pendant une exposition consacrée à son travail à Beaubourg, Centre Pompidou, le 19 novembre 2012 à Paris.
Un visiteur regarde un tableau intitulé "Hallucination partielle, Six images de Lénine sur un piano", 1931, de Salvador Dali pendant une exposition consacrée à son travail à Beaubourg, Centre Pompidou, le 19 novembre 2012 à Paris. © AFP / FRANCOIS GUILLOT

Oh la la mais qu'est-ce que vous avez fait petit coquinou ? La soirée se passait bien pourtant, trois petites olives, un petit pastaga, et puis la nuit a basculé : chimères, mystères et hallucinations se sont succédés, exactement comme dans cette toile précise et délirante Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano par le fantasque et imaginatif Salvador Dali.  

L'homme aux cheveux blancs, assis de dos au premier plan, on a décidé que c'était vous. 

Suspendu à vos omoplates, un rectangle de tissu blanc volète et volète encore, délicatement soulevé par un léger courant d'air. La ligne serpentine que dessine en mouvement le bord inférieur sur votre dos, c'est ravissant, ça s'enroule en faisant des volutes, des arabesques. 

Au bras droit, vous portez un brassard. Dessinées sur le carré de cotonnade blanche, deux cerises sœurs, quasi jumelles, accrochées par la queue. A vos côtés, sur la petite chaise d'enfant rouge, vous voyez ? D'autres cerises encore. Roses, blanches, rouges, juteusement colorées, rondement parfaites, la peau est lisse et reflète la lumière. 

Vous aimez les mini canapés, mais aimerez-vous les mini bustes de Lénine? 

Tout à fait à droite, un grand piano à queue. Le piano fait silence, la partition est blanche, la musique a quitté. De minuscules fourmis noires arpentent les pages vides. 

Sur les touches du clavier qui reluisent et miroitent, des mini bustes de Lénine en cravate et costume, enveloppées d'un halo jaune citron, comme des rimes qui se répètent et qui glissent, parfaitement alignés sur l'axe de la perspective.

Autour, la pièce est sombre, le sol est clair, au fond la porte est ouverte, une longue roche rose et azurite s'élève dans le ciel bleu cérulescent.

A la question, « suis-je un génie ? » Dali répond que oui, assurément

Nous sommes en 1931, déjà il a rencontré Gala, sa peinture, dit-on est à son apogée. A Paris, Dali s'est fait surréaliste. Avec son imagination élastique et sa loufoquerie désarmante, le jeune homme séduit, il épate, il surprend. Des idées, il en a la pelle, elles poussent dans son cerveau comme de grandes roses délirantes. 

Un jour il invente une méthode qu'il baptise du beau nom de « paranoïa critique » : pour créer, recommande Dali, il faut halluciner de façon active, le peintre réhabilite le délire qui devient un canal, une voie de création. 

Certes notre homme a des visions mais son pinceau est hyperréaliste, carrément minutieux, il peint comme un grand maître italien. Jusque là tout va bien, mais Dali aime Dali et Dali aime l'argent. 

"Money money money, must be funny"

A New-York, où il vit désormais, il s'invente une vie nouvelle, il est partout, il fait de la publicité, bientôt il s’autoproclame le peintre le plus riche du monde. 

A Paris, on se moque, on crie qu'il est fini, Breton, en inversant les lettres de son nom, l'affuble de cet éclairant sobriquet : « Avida Dollars ».  

Se souvenirs de sa vie intra-utérine 

Bien sûr, il faut agiter ses pupilles au contact des toiles de ce délirant maître mais il faut aussi lire sa prose. Par exemple, dans la très savoureuse « Vie secrète de Salvador Dali », Salvador se souvient, et  c'est stupéfiant, de sa vie intra-utérine

« A cette époque – écrit-il - tout le plaisir, toute la féérie se réfugiait dans mes yeux ». Et vous, camarade auditeur, arrives-tu à te souvenir de ta vie intra-utérine ? Comment était-ce ? T'es-tu empli d'images flamboyantes, de couleurs vivifiantes, d'atmosphères remuantes ? 

Si oui alors le temps de ton délire estival, plonge en ton fort intérieur, et bientôt tu verras, ton existence sera transformée en un délirant et je le souhaite drolatique chef d'oeuvre.

Où trouver cette renversante toile? 

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