La scène se passe dans le jardin. Ou disons plutôt, à la campagne. Devant nous, la nature est généreuse, luxuriante et globalement toute verte. Dans l'herbe, par terre, les fleurs des prés se ramassent par gros paquets.

Au-dessous de nos têtes, caressant nos épaules, le soleil brille, il est si doux. Appréciez, s'il vous plait : c'est un soleil d'avant le réchauffement climatique.

A droite, trois femmes, en tenues XIXe se contorsionnent dans tous les sens. Que font-elles les diablesses ? Réponse : elles regardent à travers une abondante frondaison – c'est une autre façon pour dire "gros buisson".

De l'autre côté, sur la gauche, protégé par l'ombre de sa caverne verdoyante, comme retiré du monde, un homme lit un livre. C'est le Bibliomane.

Alors que tous s'amusent bourgeoisement, lui lit des livres. Il ne ménage pas son effort, il tourne les pages les unes après les autres. Sur la table, pas de goûter, pas de boisson désaltérante. Vous savez pourquoi ? Eh bien, pour éviter les agaçantes pauses pipi.

La scène est prise sur le vif, le dessin en est parfait.

C'est un moment quelque peu attendrissant, mais surtout :  biographique

Vous ne vous y attendiez pas, mais l'homme reclus dans sa caverne de verdure, le "crazy bibliomane", c'est lui, le peintre : František Kupka. 

Écoutons-le plutôt parler de son œuvre :

L'imbécile rat de bibliothèque que j'étais est assis sous un arbre à se casser la tête. 

Plus tard, il ajoute :

Les trois femmes représentent la vie, la vie vécue, ce dont j'étais bien incapable.

Eh oui, elles bougent dans tous les sens, elles sentent le bonheur et la joie de vivre  ! Toutes ces choses que ce bon vieux Kukpa visiblement n'arrivait pas à mettre en pratique. 

Ce n'est pas si grave à la fin, car il a fait bien d'autres choses ! Il n'était pas doué pour la vie, et alors : il a peint ! C'est ce que ceux qui ne peuvent vivre gaiement font ! 

František Kupka

Il s'appelait František Kupka. Et c'était un peintre incroyable. Il était tchèque, et avait commencé sa vie à la fin du XIXe siècle .

Ce qu'on dit le plus souvent, à propos de lui, c'est qu'il a fait prendre à la peinture le chemin de l'abstraction. "C'est un pionnier", disait-on dans les galeries.

On n’est pas obligé de tout aimer dans son travail, mais quel autre peintre du XIXe siècle peut, comme lui, revendiquer une si grande diversité dans les formes ? Kupka a épousé toutes les recherches du siècle dernier.

Et en fait non, ce serait mentir de dire ça car il n'a épousé aucune recherche sinon la sienne. 

Il a changé, travaillé. Son œuvre s'est mainte fois métamorphosée. Et à chaque fois, il s'est rapproché un peu plus de lui-même. 

Toi aussi, camarade auditeur, cet été pars à la recherche de toi-même et perds-toi, perds-toi. Afin que quelqu'un te retrouve !

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