A quinze dans la baraque, qui va faire la vaisselle ? Qui va sortir les poubelles ? Oh la barbe, suffit la Plèbe ! Ne laissez pas ces vilaines voix massacrer vos vacances… Et tel Sardanapale dans l'immense toile de Delacroix, indifférent au bordel qui vous entoure, votre lit, s'il vous plaît, jamais ne quittez.

"Mort de Sardanapale" Peinture de Eugene Delacroix (1798-1863), 1827 ; Huile sur toile ; Paris, Musée Du Louvre
"Mort de Sardanapale" Peinture de Eugene Delacroix (1798-1863), 1827 ; Huile sur toile ; Paris, Musée Du Louvre © AFP / Luisa Ricciarini/Leemage

C'est une histoire sombre, sombre et... coquine aussi

Sur son grand lit de pourpre à tête d'éléphant, trônait Sardanapale, dernier roi de Ninive.

Étendu sur le dos, à demi allongé, drapé dans sa mousseline blanche, qu'attend-il ? On ne sait, il regarde, impassible.  

Quel chahut, quelle scène sous ses yeux … Partout, des bijoux, des trésors comme vous n'en n'avez jamais vus, la fièvre, le désir, le plaisir et la mort !  

Là, devant, une femme nue, le corps luisant, la fesse rebondie et le téton qui pointe, à l'aide, on l'assassine ! 

Sur le lit devant elle, le dos nu, la poitrine écrasée, ci-git, Myrrha, concubine adorée. 

A gauche, un pur sang se cabre, adieu cheval, adieu, maudit soit ce jour, maudite soit la lame par laquelle tu péris ! 

Au feu les pompiers la maison qui brûle ! 

De la fumée, des flammes, là, dans le coin supérieur droit, dans ce coin de ténèbres dévorées par la nuit :  le palais est en feu. 

La toile rougeoie comme des tisons sur la braise, aussi sanguine que l'intérieur d'un pamplemousse, des rouges, de roses, des orangés, des tâches cramoisies font tournoyer la scène, les corps convulsent de douleur, de plaisirs, Oh splendides créatures, la vie n'est plus qu'un chaos incandescent.  

Cruel, sadique, pervers Sardanapale, hélas, qu'as-tu fait ? Avide de sexe, de plaisir et de luxe, rien de ce que tu aimais ne devait te survivre, l'ennemi à tes portes, tu fis tout massacrer.

Delacroix y croit à mort 

Lorsqu'il présente sa toile au salon de 1827, Delacroix y croit à mort. Avec son Sardanapale, il espère tout à la fois la gloire et les honneurs, le flouze et les pépettes. Horreur, malheur, la toile fait scandale. 

Les critiques s'écrient :

Comment appellerons-nous peinture, cet amalgame incompréhensible d'hommes, de femmes, de chiens, ce gloubi-glouba de bûches, de vases

On conspue les erreurs, les négligences, la confusion du dessin, on a des haut le cœurs, trop, y'en a trop, la toile est saturée ...

L'ivresse des hauteurs 

Delacroix travaille à sa gloire : il a pris soin de représenter tout ce qu'il sait dessiner. Adolescent, déjà, il griffonne sur ses cahiers ce grand nom qu'il espère laisser à la postérité. 

« Delacroix », « Della Croce », « De la Croix », partout, recopié en gothique, en paillettes, en lettres ioniques d'or pur ...

La gloire n'est pas un vain mot pour moi", couche-t-il sur papier. Une nuit d'ivresse il ajoute: Le bruit des éloges enivre d'un bonheur réel.  

Et vous, camarades auditeurs, aurez-vous cet été l'âme d'un Delacroix ? Aspirerez-vous à quelque grand exploit ? Qu'importe après tout, vous verrez, mais pour l'heure, tout à l'heure, au moment que de décharger le lave-vaisselle, retournez fissa dans votre lit, et par la fenêtre, empli de verve et de grandeur, adressez ces mots brillants à l'univers : 

Je suis Sardanapale, dernier roi de Ninive, Delacroix a peint mon portrait, et jamais, plus jamais, je ne me relèverai.  

Où trouver cette merveilleuse toile ?

La Mort de Sardanapale de Delacroix (1827)  : une toile à voir au Musée du Louvre à Paris. 

Jusqu’au 23 Juillet, exposition "Delacroix" au Musée du Louvre. Nocturnes gratuites les samedi 21 et Dimanche 22 Juillet. 

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