Ce dimanche pour vos petits loups, les souvenirs d'enfance d'une vieille dame pétillante, et un lapin malin qui ne veut pas finir en ragoût !

  • Louise ou l’enfance de Bigoudi de Delphine Perret, illustrations de Sébastien Mourrain. Editions Les Fourmis Rouges, à partir de 6 ans

Six ans après avoir fait sa connaissance, nous retrouvons une retraitée pleine d'énergie, Bigoudi, cette fois dans le récit de son enfance. Elle avait les cheveux raides comme des spaghettis et passait ses après-midi à se balancer dans le fauteuil à bascule de la terrasse.

Surtout, à cette époque, elle est plutôt connue sous son prénom de naissance : Louise ! Elle vit avec sa famille à la campagne, court dans les champs, compte les fourmis, et passe ses journées à contempler le ciel bleu. On pensait que ça durerait toute la vie.

Mais un jour, les parents de Louise déménagent. La route est longue. Les arbres, le beau temps et les oiseaux laissent peu à peu place à la pluie et aux immeubles sombres : ça sentait le brûlé et la graisse de voiture. Quant à son nouveau logis : ce n’était pas exactement la maison de rêve.

Louise se terre chez elle. Elle ne dort plus dans son lit et colle des chewing-gums dans ses cahiers. Elle confie son chagrin dans de longues lettres adressées à sa grand-mère. Mamy lui répondait qu’elle allait aimer cette ville. Elle en était sûre.

Ça semble plutôt mal parti, surtout quand une dispute éclate entre elle et une autre fille de sa classe. Tu as vu ta tête ? dit l’une / Tu as vu la tienne ? dit l’autre. Elles se regardèrent. Et on entendit leurs rires résonner dans toute l’école.

Louise vient de rencontrer Ella. Et soudain son quotidien s'adoucit. Ella racontait à Louise le cinéma de quartier avec ses gros sièges moelleux où on pouvait voir des comédies musicales tous les dimanches…les voisins qui faisaient souvent des concerts sur le balcon et les néons qu'elle voyait depuis sa fenêtre le soir. 

Le jour où on lui demande si elle se plaît en ville, finalement, elle hésite : … ça manque de ciel. Mais c'était juste avant qu'Ella, sur ces mots, l'emmène là-haut, tout en haut de chez elle, là où l'on voit les autres immeubles caresser le ciel. 

En 2014, quand Louise, qui se faisait appeler Bigoudi, était l'héroïne de son premier livre, c'était pour raconter le chagrin de la perte – celui du deuil. Mais en revenant au cœur de son enfance, on constate qu'elle avait vécu une autre forme de déchirement: celui de ses habitudes, de la nature avec laquelle elle fait rimer son équilibre et sa solitude. Nul besoin d'avoir lu le premier livre pour comprendre que, comme dans le précédent, c'est la vie avec sa force d'adaptation qui est célébrée dans l'ouvrage. Et l'album raconte aussi le bonheur …  à travers l'exquis désordre de la ville, son vacarme enivrant et ses immeubles immenses et majestueux, croqués avec une nostalgie coquette par Sébastien Mourrain. Louise ou l'enfance de Bigoudi est un livre attachant et plein d'affection, qu'il ne faut pas oublier de mettre dans un carton au moment de son déménagement ! 

  • Comment cuisiner les lapins ? de Mickaël Escoffier & Manon Gauthier, Editions Kaléidoscope, de 3 à 5 ans 

Un loup ou une bête approchante en guise de cuisinier, un lapin, des carottes et une grande casserole sont les ingrédients de cet album avant tout plus réjouissant que philosophique. Donc pas de surprise mais en fait, si ! cette recette n’est pas du vraiment comme les autres. 

Commencez par mettre le lapin dans la casserole. Comme ceci. Humour, simplicité, on accroche de suite avec les personnages, le décor, et il y a une complicité immédiate avec le lecteur. 

Puis coupez les carottes en rondelles. Comme cela. Mais le lapin qui était dans la casserole, où est-il passé ? Vous ne l’auriez pas vu par hasard ? Bien sûr, notre lapin s’est échappé, planqué dans les bois. 

Ah te voilà, reviens tout de suite ! Non mais ça va pas ? Cette fois je te tiens, tu ne pourras pas m’échapper. Les oiseaux se disent "ça bouge". En effet ... Au secours !!! Tourneboulé, chute de notre cuisinier et le lapin sauveur, consolateur, avec son grand petit cœur de lapin.

Il faut avoir un certain métier pour construire un album en apparence de grande simplicité avec un récit, de l’humour, un graphisme original qui colle au référentiel inconscient des petits.

Bon, reprenons. Pour cette recette de lapin aux carottes, il vous faut un lapin, des carottes, une grande casserole. Mais à la fin, l’improbable amitié et le partage du plat entre notre loup aucunement méchant et le lapin triomphe. Car le meilleur dans la recette du lapin aux carottes … ce sont les carottes !

L'univers graphique de Manon Gauthier, québécoise de talent, n'est pas très loin de ceux de Christian Voltz, avec un côté très joueur qui se marie parfaitement à celui de Mickaël Escoffier. Une technique de collage très manuel, qui donne beaucoup d'expression à ces double pages attachantes et espiègles.

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