Une sélection de livres pour vos p'tits loups, concoctée par Denis Cheissoux !

Couvertures des deux livres
Couvertures des deux livres

Voici l’histoire singulière et unique d’un garçon dans l'Autriche des années 1930. Celle du seul nain qui, devenu adulte, se remit soudain à grandir, et devint un géant de 2m34!

« Moi j’ai sept ans, je suis désormais bien plus grand qu’Adam. Je suis fier. Je vois bien que les gens se retournent sur son passage ». Cela dit, ce narrateur, qui va finalement devenir son ami, s’est aussi moqué, sans gloire, du nain du quartier. Cruauté de gamins. A quatorze ans, il est apprenti cordonnier et fabrique des chaussures sur mesure. A 21 ans, Adam se remet à grandir : les médecins ne comprennent pas, il chausse du 48 ! L’histoire d’amitié au cœur du récit commence entre le jeune cordonnier et Adam. Les médecins qui le suivent s'interrogent : comment un nain peut-il se mettre à grandir à l’âge adulte ?

« Quand j’ai eu 28 ans et Adam 38, lui qui faisait 1m18 à 21 ans mesure désormais 2m14 et chausse du 53 ! Je lui ai fabriqué une nouvelle paire en cuir moutarde et fougère. Ce sera mon chef d’œuvre.»

Adam est épuisé de grandir autant, il marche avec difficulté et parle des lectures dans lesquelles il se réfugie. Surtout Moby Dick, son livre préféré. Il devient une célébrité, on se bouscule, on manque de le faire tomber.

« Mais laissez- le respirer, dis-je !

- Qui êtes-vous ?

- Son chausseur personnel ! »

Qui devint sans le vouloir une petite célébrité aux côtés de son ami monstre de foire. « J’ai hérité de ses livres ; moi qui ne lisais pas, je les ai tous lus. Quand je pense à lui, je l’imagine assis sur le dos de sa baleine, celle de Moby Dick ». Belle métaphore sur quatre pages du géant assis sur le plus géant des animaux de la création. Et tout au long de l’album, des enfants montent gentiment sur son dos. Etre ami avec quelqu’un dont les autres se moquent, un être difforme qui ne colle pas à la norme, célèbre … mais objet la métamorphose de la jeunesse, le texte de Didier Lévy ne peut que nous toucher.

Le dessin, la gravure, l'aquarelle, et la qualité de cadrage de Tiziana Romanin, qui a étudié la scénographie à l’Académie des Beaux Arts de Venise, amplifie l’amitié et les moments burlesques et tendres, le tout dans une douce mise en couleurs.

Emilie a trouvé le programme de sa journée :

« Maman m'a donné des crayons de couleur ! Cette boîte dans les mains... c'est comme tenir un bout d'arc-en-ciel.»

Avec cette boîte aux merveilles, elle se lance dans l'écriture et surtout le dessin de sa propre histoire, qu'elle intitule « Le monstre qui avait trois têtes et deux chapeaux »

Emilie se met en scène, avec ses peurs, ses cauchemars, puisant dans sa propre expérience pour donner à lire ce qui n'est pas une biographie mais ce qui pourrait bien être une aventure fantasmée ! Et à cette fin, elle a bien conscience de tous les codes de l'écriture :

« Tout à coup, une main mystérieuse sort de l'armoire, puis un pied mystérieux. "Tout à coup", c'est la marque d'une bonne histoire »

Jonglant entre l'humour et l'horreur, armées de ses crayons, elle colore trois monstres finalement sympathiques : Hugo, Théo et Jean-Michel, dont les préoccupations sont quelque peu inhabituelles : « On cherche un chapeau pour Jean-Michel, il n'en a pas. On aurait bien besoin d'aide, ton armoire est un peu en désordre ».

Mais ce qu'Emilie ne sait pas, c'est qu'en plus d'être mal rangée, cette armoire réserve bien des secrets. S'inspirant du Monde de Narnia, la petite fille imagine que derrière les grandes portes se dissimule un profond labyrinthe, au bout duquel est gardé un trésor hors du commun : toute une galerie de chapeaux ! Melon, canotier, feutre, bicorne, panama, mortier, chambergo ... Idéal pour dénicher le futur couvre-chef de Jean-Michel ! Hélas, la mission accomplie, le retour ne se révèle pas de tout repos : les monstres n'ont pas tous de bonnes intentions !

Quel curieux objet que cet ouvrage ! Objet hybride entre la bande dessinée et l'album, il a également l'audace d'être un livre... dans le livre ! En mettant en scène une petite fille qui fait d'elle-même l'héroïne de son histoire, grâce à un procédé de double niveau d'illustration, adulte puis enfantin, le livre invite le lecteur à passer de l'autre côté du miroir, et à devenir, à son tour, auteur de l'écrit de ses envies. Pour cela, il ne néglige aucune des étapes de la création littéraire, et ce avec une subtilité et une simplicité remarquables : que cela soit la recherche de l'inspiration dans d'autres ouvrages, les recherches parallèles pour pouvoir écrire, la nécessité des marqueurs temporels pour rythmer l'écriture, ou les difficultés de l'artiste à trouver la suite de son histoire, tout y est !

La richesse du livre est énorme, car les lectures possibles se superposent tout comme les utilisations : il peut être tantôt petit guide de sensibilité à l'écriture pour les plus jeunes, ôde au pouvoir de l'imagination, encouragement à la création littéraire, ou encore rappel de la puissance évocatrice du livre comme guérisseur de certaines peurs ! De quoi susciter des vocations dès le plus jeune âge, rappeler que quiconque peut-être le héros d'une aventure, et stimuler la créativité de chacun !

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